[CRITIQUE] MARIA PLEINE DE GRACE de Joshua Marston

Une jeune Colombienne veut quitter son pays. Elle ne trouve qu’un seul moyen : accepter d’être une mule pour le compte d’un trafiquant. Rudesse du destin, pas d’angélisme ni de sainte Marie ; d’autant que l’hostie n’est pas forcément celle qu’on croit…

L’affiche de ce film, grand prix au dernier festival de Deauville, est génialement trompeuse et reflète parfaitement l’effet désiré sur le spectateur : d’une histoire apparemment étrangère et anodine, Joshua Marston a réalisé une fiction douloureuse. Et s’il y a quelque chose qui est plein de grâce ici, ce n’est pas le film à la lisière du documentaire, mais l’actrice Catalina Sandino Moreno qui retranscrit avec une retenue exemplaire les multiples bouleversements d’un personnage à la fois déterminé et paumé qui n’a pas envie de passer sa vie à trimer pour un job minable.

C’est un choix égoïste parfaitement compréhensible mais aux conséquences risquées. Elle le fait au détriment de sa vie sentimentale et familiale mais en pensant à son avenir à elle, dans l’optique de devenir quelqu’un. Ses moyens pour accéder à ce changement social sont extrêmes et empêchent de garantir un destin droitement tracé. Sorte de pendant féminin du In this world de Michael Winterbottom, ce récit initiatique dépeint une réalité effrayante et construit en sourdine une histoire poignante, discrète, avec des personnages fouillés aux blessures encore ouvertes… En explorant un univers inédit au cinéma, en enregistrant sur bobine une lutte pour la survie, Joshua Marston donne à voir sans la moindre ombre ostentatoire un parcours chaotique dont la construction tout en suspens et en halètements répétés s’apparente à celle d’un thriller. La conclusion n’est peut-être pas à la hauteur du reste mais ce contrepoint artificiel ne gâche en rien la puissance d’un drame qui éprouve sans appuyer le trait. Sobriété, efficacité.

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