En à peine vingt ans, Nicolas Winding Refn est passé au Festival de Cannes du statut d’obscur faiseur tout juste programmé au Marché du film à superstar invitée à la moindre occasion. Même quand il n’a pas de film. Comme cette année, où il présente sa série commandée par Amazon Prime.
PAR GERARD DELORME / PHOTO: ROMAIN COLE
Lorsqu’il est apparu à l’aube des années 2000, Nicolas Winding Refn faisait des films comme si son existence en dépendait. Et c’était le cas: depuis qu’il s’était endetté à vie avec l’échec de son troisième film Inside Job, chacun de ses projets était un quitte ou double. Il a fini par en faire une recette. Au bout du compte, il est devenu pour les producteurs une valeur sûre, et pour la presse une star certifiée. Outre sa détermination, il a une capacité de conviction extraordinaire qui lui sert aussi bien à assurer sa propre promotion qu’à trouver des soutiens. Les premiers d’entre eux sont ses acteurs, qu’il a toujours mis en valeur, et qu’il a su choisir à un moment où ils n’étaient pas encore hors de prix. La fréquentation des festivals lui a permis de faire connaissance et de se lier avec certains de ses pairs comme Gaspar Noé, et il est allé jusqu’à obtenir le parrainage de vétérans comme Alejandro Jodorowsky et, dans une moindre mesure, William Friedkin.
Très conscient de l’intérêt d’être soutenu par les geeks, Nicolas Winding Refn a su aussi caresser son public dans le sens du poil, en tirant profit avec habileté de sa propre cinéphilie. Tel un couturier, il est devenu une marque, NWR, qu’il exploite partout où elle peut lui rapporter. Sollicité pour présenter la restauration de La planète des vampires, il a quasiment vampirisé l’événement, en se faisant presque passer pour le véritable découvreur d’un chef-d’œuvre soi-disant oublié. Il a également publié sa collection d’affiches de films Z, dans une édition collector luxueuse; ce qui est assez ironique. Mais il y a une certaine honnêteté dans sa démarche: de même que Tarantino, il n’a jamais cherché à cacher ses influences. Tant qu’a voler, autant voler ce qu’il y a de meilleur, y compris les bonnes séries. Lorsqu’il a dû, pour des raisons financières, exploiter le succès de Pusher, il a construit l’intégralité de son troisième volet autour d’un élément inspiré d’un épisode fameux de la saison 4 des Sopranos dans lequel Tony Soprano tue et démembre Ralph (Joe Pantoliano).
Etant donné sa familiarité avec les séries, il n’est pas étonnant qu’il se soit lancé dans l’exercice avec Too old to die young qui sera présentée (en partie) cette année à Cannes. La bande annonce ressemble à un concentré de ce qu’il a déjà fait: une enquête policière sur fond de trafic de drogue à Los Angeles avec son style habituel, fait d’images nocturnes éclairées (par Darius Khondji) de néons rouges, sur fond de musique électronique de Cliff Martinez, le tout agrémenté d’éclats de cette «violence exaltante» qui avait tant plu à Jodorowsky. Mais attention au retour de bâton. A force de privilégier l’emballage, il ne faudrait pas que Refn néglige l’essentiel, lui qui ne boit jamais. Peu importe le flacon si l’ivresse n’est pas au rendez-vous.
Nicolas Winding Refn vient présenter hors compétition sa série Too Old To Die Young. (enfin, seulement les épisodes 4 et 5).