[CRITIQUE] TRIANGLE de Tsui Hark, Ringo Lam & Johnnie To

La vie n’est pas facile pour Sam, Fai et Mok, trois amis qui se démènent pour joindre les deux bouts, jusqu’à ce soir d’orage où un mystérieux vieillard vient les trouver dans un bar en leur proposant de devenir riche rapidement. Un antique trésor serait enterré sous un bâtiment du gouvernement, placé sous haute surveillance. Croient-ils en son histoire ? Ils décident de tenter tout de même l’aventure et de forcer leur destin. Une rocambolesque course-poursuite s’ensuit. Entre survie, avidité et amitié, Sam, Fai et Mok devront faire leur choix…

Le projet Triangle regroupe trois pointures du cinéma d’action made in Hong Kong (Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To) et se révèle très prometteur sur le papier. L’attente qu’il génère n’est pas à la hauteur de l’excitation qui en découle lors du visionnage. Comprendre par là qu’il ne faut pas s’attendre à la quintessence de leur art. Ce n’est qu’une vraie récréation ludique et décomplexée où trois cinéastes-enfants font joujou avec leurs acteurs-jouets et intrigue-yoyo. Point barre. Le plaisir du cinéphile, s’il connaît leurs filmographies respectives, consiste alors à repérer les éléments que chaque cinéaste a apportés de manière évidente ou subliminale.

Cadavre exquis guidé par le plaisir simple de faire de belles images, Triangle n’est délimité que par la patte visuelle de ses réalisateurs. Dans une ambiance d’émulsion que l’on imagine volontiers festive, les trois artistes n’hésitent pas à œuvrer dans l’autoparodie comme pour tordre le cou à l’esprit de sérieux en injectant une bonne dose d’humour dans des situations vouées à la surcharge émotionnelle. Au moins, on ne s’ennuie pas : ils se sont visiblement amusés à faire strictement n’importe quoi en se jouant des lieux communs et en jetant aux orties les obligations de cahier des charges. Autocitations pléthoriques, fainéantise de la mise en scène, peu de pyrotechnie. Ceux qui s’attendaient à quelque chose d’événementiel risquent de trouver l’ensemble très frustrant. Mais si elle comporte des faiblesses et rappelle par moments les objets arty happy-fews d’un certain Steven Soderbergh, cette très sympathique réunion de potes arbore de beaux éclairs inventifs et réussit malgré tout à séduire. Pas toujours mais par intermittences. On a le droit de s’en contenter. Ou de ne pas.

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