[CRITIQUE] TAXIDERMIE de György Pálfi

L’histoire d’une famille, sur trois générations, dans la Hongrie du XXe siècle.
Un aide de camp, souffre-douleur d’un capitaine, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un champion hors norme, sous l’ère communiste.
Un inquiétant taxidermiste à la recherche de l’immortalité, de nos jours.
Le destin marginal et atypique de ces trois hommes accompagne celui de leur pays…

Dans le cochon, tout est bon (ou presque). Dans Taxidermie, où la figure de l’animal est omniprésente pour accentuer le parcours de l’humanité à la bestialité, pareil. On y montre de tout : un pénis picoré par un coq, une scène d’amour zoophile, des éviscérations. Dit comme ça, on a l’impression de lire un petit inventaire des horreurs qui évoque le Matthew Barney des mauvais jours. Heureusement, loin de se résumer à de la trasherie qui se satisfait du scandale qu’il cherche à déclencher, le film dévoile une vitalité et une drôlerie très contagieuses. Et accessoirement, une vraie narration avec des enjeux dramatiques profonds.
Tout d’abord, il y a une vraie intelligence dans ce cinéma. Dans cette envie de proposer au spectateur ce qu’il n’a pas l’habitude de voir. Cet objet filmique sulfureux, décomplexé et singulier, possède tout ce que le cinéphile azimuté recherche. Sa découverte est rafraîchissante et revigorante. Essentiellement parce que son goût pour la transgression a du bon. Fragmenté en trois actes, Taxidermie est un long tableau disparate dans lequel des intrigues secondaires s’agitent et se cognent au fil conducteur (l’histoire d’un grand-père, d’un père et d’un fils).

La fresque ambitieuse et provocante de György Palfi ne ressemble à aucune autre : bourrée d’audaces stylistiques, de délires surréalistes et égrillards, de personnages pittoresques et de métaphores équivoques. Derrière ce grand bordel stylisé, le réalisateur réussit à mettre le spectateur face aux tabous et autres préjugés. Lorsqu’il présente des obèses qui font des concours de bouffe sous le régime nazi, faut-il en rire ou s’en offusquer ? Il y a quelque chose de libertaire et de hors-codes dans cette farandole sordide et poilante d’un mauvais goût de bon aloi. On pense au John Waters du début, à Jodorowsky, à des cinéastes cintrés qui étranglent l’esprit de sérieux mais on finit par ne penser plus qu’à György Palfi, jeune cinéaste fougueux et ivre, qui avec Béla Tarr devrait assurer (dans un autre registre, bien sûr) l’avenir d’un cinéma hongrois aux coudées sensiblement franches.

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