[CRITIQUE] DEAD OR ALIVE 1, 2, 3 de Takeshi Miike

DOA N°1 : Jojima est un policier qui s’est fixé comme but de mettre fin aux activités du truand Ryuichi. Mais quand il voit que le seul moyen de sauver sa fille, atteinte d’une maladie mortelle, est de réclamer l’aide d’un caïd yakuza afin de payer l’opération, Jojima n’hésite pas et pactise avec l’ennemi. De son côté, Ryuichi a également des problèmes familiaux : son petit frère, de retour des Etats-Unis où il était parti étudier, réalise soudainement que l’argent qui a financé sa formation provient d’actions criminelles. La tension et la rage vont aller crescendo…

DOA N°2 : Alors qu’il s’apprête à assassiner un chef yakuza, Okamoto se fait devancer par un autre. Il empoche tout de même la somme qui lui était promise et retourne vers son île natale. Là-bas, il tombe sur le mystérieux meurtrier. Un homme qu’il connaît en fait très bien, vu qu’il s’agit de son ami d’enfance, Sawada. Pendant un court moment, les deux hommes se replongent dans leur passé. Mais les yakuzas et les triades sont à leur poursuite. Okamoto propose alors à Sawada de reprendre du service et de jouer les tueurs à gages afin de pouvoir offrir des vaccins aux enfants des pays défavorisés.

DOA N°3 : En 2346, Yokohama, la belle ville portuaire japonaise, est devenue un véritable cauchemar urbain. Afin de lutter contre la surpopulation, la nouvelle société en place, dirigée par un maire fou, force les citoyens à prendre une drogue qui les rend stériles. Un petit groupe de résistants cherche malgré tout à renverser le pouvoir. Ils vont être aidés par un répliquant nommé Ryu. Ce dernier va rapidement se retrouver confronté à un officier de police déterminé à mettre un terme aux agissements des révolutionnaires. Jusqu’à ce qu’il découvre que la vie qu’il mène n’est qu’un énorme mensonge…

Les fantasticophiles le savent pertinemment : Takashi Miike est un cas. Un iconoclaste déjanté qui a la délicieuse ambition de ne mettre strictement personne d’accord sur son travail (certains critiques très exigeants vomissent les travaux de ce «tâcheron»). On peut prendre le parti de l’originalité et apprécier les délires trash de ce cinéaste nippon qui ne se prend pas au sérieux. Après avoir été présenté dans divers festivals (dont l’Etrange Festival), la trilogie Dead or Alive débarque enfin sur nos écrans hexagonaux et bonne nouvelle : elle continue de ne mettre personne d’accord. De la même façon qu’on peut dire qu’un mélo est réussi parce qu’il fait pleurer, un Miike est réussi quand il controverse. La trilogie Dead or Alive ne fait rien pour arranger le conflit tant les trois films se suivent et ne se ressemblent pas. Mais alors pas du tout.

Le premier Dead or Alive donne le ton dès le départ. En clair, il pourrait se résumer en une formule simple : un début tonitruant et une fin cartoonesque désopilante avec un combat à la Dragon Ball Z. Le reste constituant une heure et demie de bobine provoque une gamme variée d’émotions allant de l’hilarité à la perplexité. Force est de reconnaître qu’il y a de très beaux restes, dont des summums de provocations très dignes d’un Takashi inspiré. On se souviendra par exemple longtemps de la fameuse séquence zoophile, face à laquelle il est préférable de rire pour ne pas avoir un malaise, où une jeune femme est prête à se faire sodomiser par un chien qui n‚arrive pas à bander. Cela nous ramène un peu à la scène du viol nécrophile dans Visitor Q : c’est tellement abject qu’on finit par en rire nerveusement. Les dialogues sont tellement incohérents qu’ils donnent lieu (in)volontairement à des moments de loufoquerie et d’absurdités assez jubilatoires mais c’est peu pour masquer le manque de substance d’une intrigue lente et décousue dont le plat de consistance se trouve aux périphériques.

En revanche, le second Dead or Alive propose une intrigue compréhensible et fluide, même si elle se révèle finalement incohérente avec les événements du premier Dead or Alive. Pour faire simple, il n’y a aucun lien entre les deux si ce n’est qu’on retrouve les mêmes acteurs dans des rôles différents. Cette fois, l’intérêt réside toutefois ailleurs, notamment dans la capacité du cinéaste à émouvoir avec une histoire dérisoire et invraisemblable. Cela trahit une influence sous-jacente du cinéma Kitano qui lui aussi aime beaucoup les plans fixes, les petites musiques et les belles scènes au bord de la mer. De mauvaise humeur, on peut penser que Miike se paye notre tête mais il prouve une authentique maîtrise formelle et parvient à se jouer des pièges d’un scénario loufoque, sans verser dans le ridicule. Ça en est presque apaisant.

Cependant, si le second volet peut se targuer d’être une agréable surprise, il n’en est rien pour le troisième, simplement mauvais, dans lequel Miike semble vouloir faire plaisir à ses détracteurs et forcer ceux qui aiment usuellement ces films à détester cette immonde fumisterie SF même pas montée, mal jouée, mal photographiée, mal scénarisée, mal mise en scène. Une horreur au propre comme au figuré qui ne mérite même pas la moindre preuve de mansuétude.

Pour ce qui s’annonçait comme un événement, cela relève un peu du pétard mouillé. Mais on peut toujours se repasser tranquillement Visitor Q, sa rigolote adaptation « très très perso » du Théorème de Pasolini où les membres d‚une famille désunie transgressent les tabous pour retrouver le sens du mot pureté, ou alors se focaliser dangereusement sur Audition (son chef-d’œuvre) dans lequel Miike propose une histoire d’amour superbe où l’horreur le plus sanglante le dispute au romantisme le plus tordu. Bref, Miike a fait mieux. Et fera mieux.

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