En plein été, un violent orage éclate. Feng (Chang Chen) et Fei-Fei (Sinje) se rencontrent en cherchant à s’abriter. Feng est boulanger et vient de quitter l’armée, tandis que Fei-Fei s’est enfuie de chez elle sans laisser d’adresse.
Il fait chaud à Taipei. Fei-Fei est jolie et intrépide. Elle passe son temps à vendre des bonbons aphrodisiaques dans la rue. Feng est un jeune boulanger un peu paumé. Ils se croisent un jour et vont tous les deux crier sous la pluie. Drôle d’endroit pour une rencontre ? Certes. Mais à partir de ce moment, ces deux-là font l’expérience de ce qu’on appelle le coup de foudre. Que va-t-il en advenir par la suite ? Feng fréquente dangereusement un vilain gang et la jolie Fei-Fei décide avec sa copine d’être une « Betelnut Beauty ». Elle vend des noix de Bétel et cela ne plaît pas à tout le monde. Drôle d’histoire ? Non.
L’un des passages les plus amusants du film (mais aussi l’un des plus anecdotiques) concerne le personnage de Fei-Fei qui passe son temps à agresser les caméramans qui s’approchent trop près de sa boutique de Bétel. Un jour, un cinéaste a besoin d’elle pour jouer dans un film. On assiste alors à une mise en abîme, cas intéressant pour le cinéphile mais aussi pour l’actrice Sin Je (qu’on reverra très prochainement dans l’excellent The Eye , film d’horreur des frères Pang) qui s’amuse à manipuler son entourage. C’est un des rares moments euphorisants du film qui, lui, prête plutôt à la mélancolie. Cet extrait, au demeurant sympathique, ressemble pourtant à un ajout de dernière minute, comme si le cinéaste avait eu du mal à trouver la substance de son film. Et c’est bien là tout le problème.
Le thème central (la détresse des jeunes qui ont du mal à s’insérer dans la population active) est intéressant, mais pas foncièrement original, déjà abordé ailleurs et mieux dans, par exemple, Goodbye South Goodbye de Hou Hsiao Hsien. On pense aussi par moments au cinéma de Wong Kar-Wai auquel ce Betelnut Beauty renvoie trop ostensiblement. Formellement, le film est en revanche très satisfaisant : la mise en scène est inspirée et les cadres sont extrêmement soignés. Le charisme des interprètes est par ailleurs indéniable et certaines scènes sont très fortes. Mais il n’empêche que l’on peut rester perplexe face au manque de consistance de l’ensemble.

