[CRITIQUE] IN THIS WORLD de Michael Winterbottom

Jamal et Enayatullah sont deux cousins afghans qui vivent à Peshawar, au Pakistan. Orphelin, Jamal habite dans l’immense camp de réfugiés de Shamshatoo et gagne un dollar par jour dans un atelier. Enayatullah travaille pour sa part au marché, dans la boutique familiale. Pour échapper à la pauvreté et tenter une vie meilleure, son oncle décide qu’il sera envoyé en Angleterre. Jamal persuade la famille qu’il doit, lui aussi, être du voyage. Ils rejoignent tous les deux le million de réfugiés qui chaque année remettent leur vie entre les mains des passeurs. Leur voyage sera long et périlleux…

Il est décidément impossible cette année d’échapper aux objets filmiques du prolifique Michael Winterbottom. Sorti il y a six mois, son précédent 24 Hours Party People brossait le portrait de Tony Wilson (le monsieur de Factory Records et de l’Hacienda) et rendait un hommage vivifiant aux tubes new wave des années 80. Avec un sujet diamétralement opposé et bien moins amusant, son dernier In This World entend dénoncer les horreurs d’un monde où une poignée d’immigrants laissés-pour-compte multiplient les tentatives pour fuir leur pays et se réfugier dans d’autres où la vie semble plus confortable. Ce nouveau projet souligne une fois de plus l’éclectisme radical d’un cinéaste qui traite de ce qu’il veut quand il veut.

Au départ, Winterbottom voulait stigmatiser l’hypocrisie de la distinction qui se fait chez les immigrés, entre ceux qui sont désirables (ceux qui fuient le pays par conviction politique) et indésirables (ceux qui viennent pour des raisons économiques). Pour une meilleure cohérence dans le message, afin de faciliter la fluidité de la narration, le cinéaste a préféré se focaliser sur le destin de Jamal, un jeune enfant. De Peshawar (Pakistan) à Londres, on suit le parcours initiatique et chaotique de ce garçon qui, entre allés et retours, manche et petits boulots, doit passer les frontières pour se réfugier dans un monde meilleur.

En quête d’ailleurs et d’idéal utopique, ces immigrants vont jusqu’à se mettre eux-mêmes en danger. Dans un souci de véracité, le scénariste Tony Grisoni est allé à la rencontre de jeunes Afghans à Londres qui, comme le personnage principal, ont effectué ce trajet de l’horreur. Les conditions sont tellement âpres qu’il est impossible de savoir si on va en ressortir vivant. La détermination et le désir de liberté de ces gens possèdent généralement une fin tragique, comme nous le montre la suffocante scène du bateau qui reste la plus éprouvante du film.

Cette histoire terriblement vraisemblable s’inspire d’anecdotes édifiantes qu’on entend le plus régulièrement au journal de vingt heures et qui ne nous sont évoqués qu’oralement, à l’instar des Chinois, découverts à Douvres en 2001 morts asphyxiés dans le camion frigorifique qui les transportait depuis la Belgique. Et Winterbottom filme ce trafic inacceptable en essayant le plus souvent de ne pas sombrer dans le misérabilisme. Ours d’or du dernier festival de Berlin, In this World propose une alternative intéressante en conciliant fiction et documentaire avec un style certain et inspiré. Dommage que le cinéaste ait parfois recours à une esthétisation trop voyante, à l’instar de la bande-son aussi pompière qu’inadéquate, qui bride paradoxalement un peu l’émotion, la simple force des images se suffisant à elle-même.

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