Comment on réalise le générique d’un film de Steven Spielberg?

Parmi toutes les bonnes surprises que réserve Catch me if you can, le dernier film de Steven Spielberg, il y en a une de taille : une séquence d’ouverture animée qui montre les deux protagonistes (Léonardo Di Caprio et Tom Hanks) qui se courent après. Ce générique, qui illustre parfaitement l’esprit du film, a été réalisé par Olivier Kuntzel et Florence Deygas, deux artistes et réalisateurs d’animation, qui, depuis dix ans, poursuivent leur petit bonhomme de chemin entre pubs, films et clips. Très contents d’avoir pu travailler avec le grand Steven dont ils sont évidemment fans, Kuntzel + Deygas nous racontent cette expérience unique, qui a tout du conte de fées.

Quels sont vos parcours respectifs ?
Olivier Kuntzel
: J’ai fait une formation à l’Ecole d’Arts Appliqués pour la création publicitaire à Paris. J’ai étudié le design et les images numériques. Puis je suis devenu réalisateur et créateur de personnages.
Florence Deygas : J’ai fait une formation de cinéma d’animation à l’école des Gobelins à Paris. Par la suite, j’ai été réalisatrice et illustratrice, orientée vers le monde de la mode.

Qu’est ce qui vous passionne dans l’animation et le graphisme ?
Olivier Kuntzel et Florence Deygas
: Ce qui nous passionne, c’est de donner vie à une matière inerte en y insufflant notre personnalité. Il faut voir le Golem, c’est une expérience extraordinaire. En fait, nous essayons de l’utiliser comme un vecteur d’émotion. Dans l’animation, il y a très peu de distance entre la pensée et le résultat; c’est d’ailleurs ce qui aide à garder le charme. C’est aussi la possibilité incroyable de pouvoir travailler à distance, par l’intermédiaire d’Internet, comme nous l’avons fait présentement pour le générique de Catch me if you can.

Le fait d’avoir travaillé sur le dernier Spielberg vous a évidemment enthousiasmé. Comment est-il venu à vous et connaissait-il vos travaux ?
Olivier Kuntzel et Florence Deygas
: Au départ, c’est notre producteur Nexus (Chris O’Reilly et Charlotte Bavasso, de la société de production londonienne Nexus, spécialisée dans le domaine du graphisme et de l’animation. NDLR) à Londres qui a présenté notre travail à Walter Parkes (le producteur de Spielberg). Il se trouve qu’il cherchait un artiste pour ce générique. Nous avons ensuite participé à la compétition et envoyé notre projet. Et voilà le résultat.

Comment avez-vous travaillé les noms des acteurs qui apparaissent au générique ?
Olivier Kuntzel et Florence Deygas
: Tout est parti de l’idée principale que Olivier avait du générique. Le personnage de Léonardo Di Caprio devait se changer dès qu’il passait derrière une ligne verticale. Par la suite, c’est naturellement devenu le  » jambage  » des typographies. La jambe d’une lettre s’allonge juste à temps pour permettre au personnage de se cacher derrière. Par la suite, les interactions typo-action se sont développées, par exemple avec le  » p  » de Jeanne Oppewal qui devient une corde que le fugitif attrape; ou, encore, les lettres du nom du chef opérateur, Janusz Kaminski qui deviennent des portes lumineuses derrière lesquelles il court. Nous n’avons cependant pas voulu être systématique et illustrer à chaque fois la fonction de chaque nom. Nous pensons que ce genre de défi peut plomber les idées. Il fallait donc trouver un équilibre pour rester le plus fluide possible. Par ailleurs, nous avons préféré avoir une typographie simple et sobre, en contraste avec les personnages qui sont, eux, très rustiques, taillés dans des tampons et animés à la main.

La musique est un élément important qui fonctionne très bien avec le générique. Comment avez-vous travaillé avec la musique de John Williams ? Aviez-vous une idée de la musique avant de procéder à l’animation ?
Olivier Kuntzel et Florence Deygas
: Au début, nous avons travaillé le générique comme un vidéo clip, avec une autre musique, qui n’était pas idéalement assortie aux intentions que nous étions en train de mettre dans la séquence. Un jour, nous avons reçu en mp3 le résultat d’un enregistrement de la musique de John Williams, qui était faite sur mesure d’après notre montage. Le résultat était tout simplement magique. Chaque invention visuelle était non seulement comprise mais magnifiée. Ce n’était plus alors un vidéo clip, mais une vraie bande originale écrite pour illustrer une narration.

Vous êtes tous les deux polyvalents. Vous avez touché un peu à tout, au clip, à la pub et au cinéma. Après dix ans de parcours, où vous sentez- vous définitivement le plus à l’aise ?
Olivier Kuntzel et Florence Deygas
: Peu importe. Le principal pour nous, c’est ce qu’on raconte : une bonne histoire avec de bons personnages. Nous n’avons pas de difficultés à passer d’un tournage avec 80 personnes autour de nous à un travail qui ne demande qu’une liasse de papier et une table à dessin. Par contre, définitivement, nous nous sentons beaucoup plus performants quand nous avons la liberté et la confiance. Dans chaque secteur, il y a évidemment des bons et des mauvais souvenirs. Le clip n’est pas forcément synonyme de liberté.

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