[CRITIQUE] NOTHING de Vincenzo Natali

Nothing, troisième long-métrage de Vincenzo Natali, semble avoir été mis en place pour répondre à ceux qui jugeaient Cube et Cypher (ses deux premiers films) trop cérébraux et prétentieux. En partant d’un argument fantastique (deux individus fâchés avec le monde qui réalisent leur désir le plus cher : se retrouver seuls), le réalisateur n’emprunte pas le chemin du film d’horreur conceptuel mais de la comédie régressive et bizarre où deux potes crétins découvrent que le monde a été réduit à néant et que tout ce qui entoure leur maison n’est qu’une vaste entité blanche. Dumb and Dumber meets La Quatrième Dimension.

Dave et Andrew sont colocs et potes depuis l’enfance. Ils ne sont pas très sociables mais unis dans la même détestation pour l’espèce humaine. Seulement, un matin, alors que le monde continue de tourner, Dave se pointe à son bureau et se voit joyeusement licencié par son boss qui l’accuse d’avoir détourné de grosses sommes d’argent. En réalité, c’est sa copine (Marie-Josée Croze, apparition brève mais marquante) qui lui a joué un grand mauvais tour. Andrew, quant à lui, a également droit à son paquet d’emmerdes : une girl-scout l’accuse d’attouchement sexuel et la maman est sur le point de le traîner en procès. La police s’en mêle. Confusion, chaos, savon, bordel assuré. Jusqu’à ce que, paf, d’un coup, nos deux compères découvrent que tout ce charivari n’est plus et que le monde n’est plus qu’une lumière blanche (et une surface bondissante). Trop beau pour ces deux bonhommes misanthropes. Peut-être, peut-être, sauf que bien malin qui rira le dernier…

David Hewlett et Andrew Miller, les deux Dumb and Dumber du film, jouaient déjà dans les premiers courts métrages du cinéaste et étaient également réunis dans son premier et beau Cube. Par son sujet (et les thématiques qui en découlent), Nothing s’inscrit avec une cohérence folle dans la filmographie de Vincenzo Natali tout en étant extrêmement différent de ces précédents longs. Dans Cube et Cypher, les thèmes principaux (la déshumanisation de la société et la sensation tacite de paranoïa ou de conspiration) étaient exploités avec plus ou moins de génie selon les circonstances. Dans Nothing, il reprend la même peur de la lumière blanche, source d’angoisse, d’inquiétude et d’inconnu, visible à la fin de Cube et qui, ici, sert de fond à l’intrigue de Nothing. Si certes le nouveau Natali assure le refrain Sartrien et éprouvé du cinéaste (l’enfer, c’est les autres), il maintient un argument de court-métrage sur quasiment une heure trente sans faiblir en se concentrant sur deux potes qui profitent de ce néant pour uriner partout, jouer à la batterie, soigner une tortue, faire des bonds… Bref, faire les milliers de conneries que la société proscrit.

D’un sujet à l’autre, les ambitions demeurent identiques. Natali peint cyniquement l’absurdité du monde à travers le prisme de ces deux mecs en jouant la carte de la caricature et de l’outrance. Même les excès passent comme une lettre à la poste. En jouant sur tous les degrés comiques; en s’amusant comme un petit fou d’un point de vue formel (les personnages peuvent se fondre dans le blanc comme disparaître) ou narratif (la mémorable scène du rêve dans le rêve), Natali, vrai adulescent encore sous le choc de Star Wars, achève son coup de bluff et s’autorise à peu près tout et n’importe quoi jusqu’à la conclusion aussi tragique que prévisible.

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