Réalisateur de Ringu et de Dark Water, Hideo Nakata s’est imposé au même moment que M. Night Shyamalan comme l’un des maîtres du cinéma fantastique, dans la grande tradition du réalisme magique de Jacques Tourneur (La Féline). En comparant les deux derniers films de ces deux cinéastes (Chatroom et Phénomènes), on constate qu’ils souffrent des mêmes maux et que leurs auteurs connaissent le même vacillement artistique. S’il pose des questions passionnantes sur le lien réel-virtuel empruntées à David Cronenberg (eXistenZ), le scénario, adapté d’une pièce d’Enda Walsh (Hunger), semble pourtant couvert de mots-clés, tout droit sortis de l’ordinateur, grand manitou de l’histoire, à une heure où via Internet et ses forums d’opinions se constitue une entité morale prête à bondir et à juger, tendant des câbles virtuels pour faire trébucher les «méchants», répandant partout la rumeur et le soupçon.
Autrement, les dialogues empruntent la plupart du temps le langage SMS et la cadence des échanges sur Messenger – dont Nakata propose une illustration littérale – et les adolescents sont tous des esprits torturés qui fuient la réalité grâce à Internet et peuvent donc assouvir des pulsions inavouables (vengeance, suicide, sexualité). On attendait plus de la part de Nakata qu’une simple réflexion sur l’aliénation et l’identité calibrée pour Facebook et ChatRoulette. Dommage qu’il ne capte pas une seule seconde la solitude de l’internaute au moment de se connecter, la peur et la jouissance d’y aller, avec les doigts qui tremblent sur le clavier comme à un premier rendez-vous amoureux, et n’entoure pas son thriller cyber-traqué d’une question qui fait froid dans le dos et qu’il a eu tort de négliger : les images animées ont-elles une âme ? Dans le même genre, Sono Sion, qui avait déjà tout dit il y a plus de dix ans avec Suicide Club, a fait tellement mieux.


![[CRITIQUE] BEDEVILLED BLOOD ISLAND de Cheol-soo Jang](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2010/03/bedevill-1068x712.jpg)