Pour comprendre l’engouement autour de (We Are) Four Lions, il faut avoir entendu/vu les précédents travaux de Chris Morris, à commencer par son émission de radio Blue Jam dont le concept a été adapté pour la télévision avec l’incroyable série Jam (un mélange de Todd Solondz pour le fond et de David Lynch pour la forme). Quelques menaces, censures et insultes plus tard, ce comique Monty-Pythonesque s’est spécialisé dans les parodies de flash infos comme Brass Eyes et The Day Today, stigmatisant avec une méchanceté tordante la manière indécente et complaisante dont les médias traitent de sujets à risque (pédophilie, attentats suicides, incestes…). We are Four Lions, son premier long métrage, ressemble à un long sketch pour la télévision qui fonctionne cependant à double-tranchant : si Morris a bénéficié de moyens plus conséquents, il a aussi perdu en liberté frondeuse. Compte tenu du sujet déjà polémique, le trublion n’a pas pu en rajouter dans la subversion comme cela aurait pu être envisageable il y a encore dix ans. Ce qui renseigne sur le statut de l’humoriste aujourd’hui, à une heure où les caricatures à connotation religieuse font scandale.
A plusieurs reprises, la possibilité de faire une comédie politiquement incorrecte était envisageable. Au lieu de ça, Morris se contente de filmer des kamikazes crétins, comme des mômes s’amusent avec de faux flingues, sans conséquence morale. C’est d’autant plus décevant que visuellement, on ne retrouve pas ce qui faisait l’originalité de la série Jam qui avait une vraie facture cinématographique. On est plus proche du style docu-fiction, avec une laideur visuelle ostentatoire (des zooms répétés, des trucages cheap) qui certes sied mieux au genre mais ne révèle pas l’inventivité formelle dont Morris a été capable par le passé. A l’arrivée, c’est la perplexité qui domine en sortant de ce film dont l’humour demeure de bout en bout hermétique. Si l’issue est inéluctablement tragique, les moyens pour y parvenir sont en revanche comiques. Mais, à l’arrivée, il est impossible de savoir s’il faut en rire ou en pleurer. Au fond, la meilleure blague de Chris Morris, c’est que son coup d’essai n’est ni conforme aux attentes des fans, ni même des profanes habitués aux outrances de Sacha Baron Cohen.

