Troisième long métrage de Jared Hess après Napoleon Dynamite (2004) et Nacho Libre (2006), Gentlemen Broncos renoue avec une manière crânement démunie d’appréhender le monde. Ceux qui connaissent les précédents films du cinéaste ne seront pas en terrain inconnu : il s’agit d’un nouveau portrait de mec gentiment décalé, pas assez cool pour figurer dans une comédie estampillée Judd Apatow, évoluant dans un monde parallèle pour fuir la tristesse de son quotidien (un père défunt, une mère absente) et écrivant des récits de science-fiction avec la légère appréhension d’être jugé et donc incompris. Lorsque sa mère le laisse partir à un stage d’écriture parrainé par son idole Ronald Chevalier, un écrivaillon pop de science-fiction (Jemaine Clement, démarche faussement nonchalante de crocodile shooté et langue de vipère dans une bouche anesthésiée chez le dentiste), c’est la révélation. Ce dernier tombe sur le roman du fanboy (Les Seigneurs de la levure : les années Bronco) et, en panne sèche d’inspiration, le plagie.
L’important ne réside pas dans le suspense (va-t-il tirer profit de ce plagiat?), mais dans les lectures et la manière dont chacun s’approprie visuellement cet univers que ce soit le jeune novice avec son propre langage, la star confirmée avec sa morgue ou encore un vidéaste avec son opiniâtreté de loser. A chaque fois, c’est Sam Rockwell, acteur fantasmé et téléguidé dans une version Farrelly du Dune, de Frank Herbert, qui se retrouve dans des situations impossibles et vraiment tordantes. C’est purement régressif mais au moins ça ouvre une réflexion – même ténue – sur l’adaptation, la création, la déontologie avec une hébétude bégayante des situations, un art du surplace et du gag à répétition. L’amour de la science-fiction des années 70 est manifeste dès le générique où les noms sont indiqués sur des couvertures de livres. A l’image de Mike Judge (Idiocracy), Jared Hess passe pour un misanthrope. Cet auteur peu consensuel, fasciné par la médiocrité et la laideur, est souvent taxé de créer des mondes sous cloche et de juger ses personnages avec mépris. Ce serait pourtant oublier l’essentiel : l’infinie tendresse pour ceux qui n’appartiennent à aucune mode et n’entrent dans aucune catégorie.

