[CRITIQUE] KABOOM de Gregg Araki

Après Mysterious Skin (2005) et Smiley Face (2008), qui reflétaient deux aspects de la sensibilité de Gregg Araki (la mélancolie maladive pour l’un; la blague potache pour l’autre), Kaboom marque un retour hypersexué à sa teen trilogy (Totally f***ed up, Doom Generation et Nowhere) avec tous les germes qui la composent : la peur de mourir avant 20 ans, le complot paranoïaque, la présence d’extra-terrestres, la confusion des genres… Passé une introduction onirique, renvoyant à celle de Nowhere, Kaboom intrigue d’emblée par son atmosphère bizarre de science-fiction ado avec son campus désert, ses fêtes indolentes, ses poupées déconnectées, ses sites Internet louches et sa solitude en bandoulière. Comme dans Doom Generation, le sexe sous toutes ses formes (onanisme, bisexualité, triolisme) compense n’importe quel spleen existentiel. Comme dans Mysterious Skin, l’intrigue ressemble à une quête identitaire où le personnage principal part à la recherche de son passé. Comme dans Nowhere, il y a des apparitions de démons (ici, des hommes avec des masques d’animaux). Comme dans Smiley Face, les space cake provoquent des visions déformées. Comme toujours, il y a une figure de pureté bandante perdue dans un monde ordurier et absurde à la Lewis Caroll, pourchassée par les fantômes de l’intégrisme. Même si c’est du 100% Araki, cet amalgame de sexe et d’horreur psychologique, qui paraît simple parce qu’il est raconté vite et bien, évoque également un croisement entre David Lynch (Twin Peaks), Richard Kelly (Southland Tales) et Frank Hennenlotter (Elmer, le remue-méninge).

Icône de ses précédents films, James Duval incarne un gourou qui prédit la fin du monde. Il ne lui manque plus que le costume du lapin et c’est le même personnage qu’il jouait dans Donnie Darko. A l’approche de la quarantaine, l’acteur – revu entre temps chez Lucky McKee – ne pouvait pas incarner l’ado stone pour l’éternité. La relève est aujourd’hui assurée par Joseph Gordon Levitt, révélé dans Mysterious Skin, et Thomas Dekker, ici, beau-gosse dégingandé fané avant même d’avoir vécu. Il y a chez ce cinéaste, obstiné comme Larry Clark dans son refus de grandir et d’appartenir au monde adulte, une telle jubilation à retrouver ce terrain-là que l’on pourrait presque lui reprocher d’en faire un peu trop. Malgré cette réserve, difficile cependant de ne pas prendre son pied. On retrouve ce plaisir de filmer les corps, d’organiser des hallucinations individuelles ou collectives, de faire bavarder sur le cul, d’introduire des personnages outrés débarquant de nulle part, de jouer avec des couleurs fluo, de créer des rebondissements de dernière minute et de finir sur une conclusion, nihiliste et hilarante. Les acteurs sont manifestement entrés sans trop d’efforts dans cet univers, en jouant tous au second degré. Les mecs ne sont que des fantasmes que les gays projettent sur les hétéros. Mais celle qui tire son épingle du jeu, c’est une sacrée nana : Juno Temple, vamp sexy, pouf abîmée, intrigante comme naguère Patricia Arquette dans Lost Highway. Même lorsqu’elle est à l’arrière-plan, on ne voit qu’elle.

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