« All the boys love Mandy Lane » de Jonathan Levine: le film qui a révélé Amber Heard réapparait en VOD

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Hasard ou coïncidence? On ignore de le savoir. All the boys love Mandy Lane, le premier film de Jonathan Levine, qui révélait l’actrice Amber Heard en scream queen, est disponible sur Shadowz.

Mandy Lane est un ange texan de 16 ans. Elle attire tous les regards masculins de son lycée. Deux filles l’invitent à passer quelques jours dans un ranch pour participer à une petite fiesta en petit comité. Pour elle, c’est l’opportunité de se remettre d’un traumatisme (celui que l’on voit dans l’introduction); pour les garçons présents, l’occasion de faire plus ample connaissance avec icelle. Très vite, la débauche se transforme en gueule de bois cauchemardesque lorsqu’un mystérieux tueur rode et décime les convives éméchées. Est-ce que la belle Mandy, fort traumatisée, sortira à nouveau indemne de ce week-end meurtrier? All the boys love Mandy Lane, de Jonathan Levine, reprenait les codes du slasher pour faire plaisir aux amateurs (la maison isolée, le maître des lieux ambigu, le groupe de jeunes). Avant de fureter vers d’autres registres (film noir, drame, comédie) pour brouiller les pistes et proposer in fine une peinture sensible de l’adolescence, loin des teenage movie d’alors, en captant des sentiments diffus, contrariés.

En d’autres termes, si vous aimez lorsqu’un scénario rompu aux lieux communs se bat contre une atmosphère dépressive et lorsque des personnages stéréotypés essayent d’exister par leurs propres moyens pour prouver qu’ils valent mieux que l’image qu’ils renvoient, All the boys love Mandy Lane devrait séduire celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de le découvrir il y a 15 ans. Sa beauté réside dans ce qui est caché, ce qui est raconté derrière les images clinquantes d’une jeunesse dorée. Jonathan Levine, alors ancien assistant de Paul Schrader, alors court-métragiste de renom (Love Bites, dans lequel il sillonnait les routes pour retrouver des femmes rencontrées sur Internet) et responsable d’un film de fin d’études sur un Dj de Hip-Hop en pleine cure de désintoxication (Shards), s’était solidement imposé aux commandes du projet et a pu y mettre de sa sensibilité et de sa personnalité. Le passage au long lui a permis de pervertir le scénario signé Jacob Forman en ajoutant une dimension romantique proche du spleen. La recherche désespérée de la séquence frisson qui glace l’échine, très peu pour lui. Le but consiste moins à filer les jetons qu’à mettre en avant la mélancolie doucereuse d’une époque bâtarde dont il a conservé, selon ses termes, autant de bons que de mauvais souvenirs. Rétrospectivement, il confiait regretter ne pas en avoir plus profité.

Des années après sa découverte, et rattrapé par l’actualité du proces Johnny Depp/Amber Heard, All the boys love Mandy Lane a peut-être pris de la valeur. Au premier abord, la caractérisation des personnages archétypaux peut manquer de profondeur, d’autant que les interprètes prennent un malin plaisir à forcer les traits entre le beau-gosse lourdingue et la copine hystérique sosie de Paris Hilton. En fait, ils sont représentatifs d’un échantillon et expriment des frustrations universelles (Mandy Lane cristallise tous les désirs masculins et féminins). Extrêmement froid, ce personnage au centre des obsessions est idéalement interprété par Amber Heard, visage angélique et regard triste, qui incarne la lucidité face à l’immaturité de ses camarades. Face à ces fantômes qu’elle observe sans jamais céder à la familiarité, elle est la seule à laquelle on s’accroche pendant tout le récit.

Le retournement de situation final, qu’il vaut mieux ne pas savoir avant de commencer la lecture du film, doit être perçu du point de vue sensible du réalisateur et moins de celui du scénariste conscient de son effet de surprise. Grâce à cette révélation qui nous attend en fin de parcours, Jonathan Levine donne un sens à ses intentions de départ: se méfier des apparences et creuser ce qui se trame derrière les attitudes branchées de ses protagonistes. Pour cette simple raison, il laisse le spectateur dans un état étrangement mélancolique en rappelant sans rien sursignifier que l’adolescence laisse des meurtrissures profondes et que les fantasmes du passé déchantent une fois qu’ils atteignent l’âge adulte. La frivolité n’est qu’un leurre; la joie de vivre, un vernis. Sans en avoir l’air, All the boys love Mandy Lane montre la fin d’une période où avoir l’air cool est plus important que d’être soi-même. T.A.

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