On lui devait la série Les envahisseurs (1967) et les films Bone (1972), Black Caesar, le parrain de Harlem (1973), Le monstre est vivant (1974) ou encore Meurtres sous contrôle (1977). Larry Cohen est décédé ce samedi à l’âge de 77 ans. Hommage chaos par les journalistes Alexandre Poncet et Alex Masson.
HOMMAGE: ALEXANDRE PONCET & ALEX MASSON
«Ma première rencontre avec l’œuvre de Larry Cohen fut la série Les Envahisseurs, que je regardais religieusement avec mes frères durant les eighties (et parfois avec ma grand-mère, dont les goûts un brin rock’n roll m’ont toujours surpris). Ma seconde rencontre fut indirecte : Maniac Cop, écrit par Cohen et réalisé par William Lustig, que je consommai amoureusement en VHS pirate. Je découvris au début des années 90 la saga Le Monstre est vivant dans les pages de Mad Movies, et compris soudainement l’étendue thématique de l’oeuvre de Cohen. Suivront entre autres les excellents L’Ambulance (vu en VHS), Pacte avec un tueur (vu à la TV), Meurtre sous contrôle (vu en DVD) ou encore The Stuff (digéré en Blu-ray), autant de séries B culottées qui correspondent toutes à une étape clé de mon apprentissage cinéphile. Mon ultime rencontre avec Larry Cohen eut lieu au festival de Neuchâtel en 2013, en chair et en os. Agacé (et c’est peu de le dire) par le manque de préparation du journaliste qui avait précédé, Cohen avait commencé par me mettre en garde, me défiant poliment du regard. Mission accomplie: censé s’arrêter au bout de 15 minutes, l’entretien finit par en durer 35, et se poursuivit chaleureusement le soir-même en off, lors d’un dîner organisé par le festival. L’occasion pour lui de me raconter quelques anecdotes supplémentaires sur Jerry Goldsmith et son fils Joel, David Allen, William Lustig ou encore Ray Harryhausen, auquel il rendait un hommage vibrant avec Epouvante sur New York (Q en anglais). Un film hautement sympathique mais depuis longtemps oublié, noyé dans une filmographie qui pourrait servir de définition au terme « high concept« .» A.P.
«Il faudra un jour en finir avec l’appellation de «petit maître». C’est évidemment celle qu’on va lire ici et là dans les nécros à venir de Larry Cohen. Parce qu’il a oeuvré à la marge d’un cinéma officiel, s’est épanoui dans les séries B, de la blaxploitation au cinéma d’épouvante, ce registre indécrottablement considéré comme impur alors qu’il reste un des regards les plus acérés sur le monde, t souvent en avance. Et c’est bien ce qui distinguait Larry Cohen de ses collègues. Sous des arguments souvent frappadingues (un yaourt tueur, un prophète alien ou des bébés monstrueux, on en passe), ses scénarios auront envisagés, entre autres, le consumérisme, un repli sur le religieux, les théories du genre ou les familles dysfonctionnelles… Chaînon manquant entre George A. Romero et Robert Aldrich, Larry Cohen aura été un de ses artisans d’un cinéma populaire, comblant les manques financiers de production low budget pour ses films comme pour ceux qu’il écrivait pour les autres par une profusion d’idées et d’allégories subversives. Du cinéma d’outsider, anarchiste sur les bords, voulant faire entrer le cinéma hollywoodien propre sur lui dans les salles de quartier plus hirsutes (jusqu’à vouloir faire un film hommage va-va-voum à La mort aux trousses avec L’ambulance, frayer avec Sidney Lumet comme avec les cadors de la Blaxploitation ou de faire de Bette Davis pour son dernier rôle une sorcière). Autant sale gosse indépendant que rusé commerçant («Je ne sais pas ce que ça veut dire, cinéma d’exploitation. Tout les films sont des produits d’exploitation, non?») Cohen avait tout pour être un héros pour tout adolescent dans les années 70-80. C’était un des miens.» A.M.