[CRITIQUE] LOURDES de Jessica Hausner

On ne comprend pas pourquoi Lourdes, présenté il y a deux ans à la Mostra de Venise, sort seulement maintenant sur les écrans français. Il possède des qualités de fabrication que l’on ne retrouve plus dans la majorité des productions actuelles. Sa construction narrative est tellement subtile qu’elle risque de dérouter ceux qui s’attendaient à une comédie potache dans le sillage du Miraculé, de Jean-Pierre Mocky, à un parfum de souffre ou encore à un pensum bondieusard écrasé par l’esprit de sérieux. Heureusement, le traitement se révèle plus ambigu, dans le sillage des précédents longs métrages de Jessica Hausner (Hôtel) qui témoignaient déjà d’une prédilection pour les atmosphères torves, les fantasmes inavouables et les angoisses indicibles. Beaucoup vont penser à Tati (la composition visuelle, le burlesque anxieux) ou à Buñuel (l’anticléricalisme, la fascination pour les rites). Mais très vite, le film ne ressemble qu’à lui-même. Au départ, il met en images la séduction toujours vivace du cérémonial religieux. Mais la rigueur des plans instaure de bout en bout une distance, une froideur, un rythme. Un peu comme si Dieu observait ses ouailles en attente d’un miracle. Lorsque le phénomène tant attendu se produit, il guérit une femme atteinte de sclérose en plaque (Sylvie Testud) – l’extraordinaire et le spirituel étant filmés de manière anti-spectaculaire.

Avant et après cette guérison, les réactions des autres pèlerins ne sont plus les mêmes, exprimant moins la bonté que la médiocrité, passant en une nuance subliminale de l’obséquiosité à l’hypocrisie. Ils obligent presque la divine élue à passer pour une enluminure, à multiplier les sourires forcés et à rester vierge. Pour eux, elle doit conserver ce degré de foi nécessaire pour recevoir la bénédiction et devient un leurre pour les préserver de ce qu’ils redoutent : l’effondrement de leurs certitudes. La miraculée, elle, aimerait profiter de cette aubaine pour connaître ce qu’elle n’a jamais connu : par exemple, répondre aux avances d’un membre de l’ordre de Malte (Bruno Todeschini, oxymoron à lui seul, œil lubrique et sourire chrétien, ange et démon). Ce dernier est également convoité par une bénévole (Léa Seydoux) qui partage avec sa rivale le même handicap du sexe – l’une à cause de son corps, l’autre à cause de sa croyance. Sans le révéler, le geste que l’héroïne commet à la fin est d’une violence inouïe, suffisamment équivoque pour laisser libre cours aux spéculations. De la même façon, on peut interpréter cette parabole sur la solitude en fonction de sa sensibilité, mais cette liberté est spécifique au film faussement fermé et totalement ouvert.

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