Pour sa nouvelle réalisation des années après Guns 1748, Jake Scott, le fils de Ridley, ne fait pas dans la nouveauté. Deux paumés (un père endeuillé et une ado strip-teaseuse sans attache) s’aident mutuellement en tissant une relation père-fille de substitution : il veut la sortir de la prostitution en imaginant qu’il sauve sa propre fille partie trop tôt ; elle va ranimer le désir endormi dans son couple de mort-vivant. Ce ne sont même pas des victimes du rêve américain, juste des poupées brisées qui font mine de rester debout alors que tout craquelle intérieurement. Commençons par ce qui fâche : ce schéma rédempteur est un classique du cinéma indépendant US, à tel point que tous les films de ce genre se révèlent finalement interchangeables, comme s’ils étaient produits à la chaîne (atavismes familiaux, humanité secrète de personnages ordinaires). Pas d’idée nouvelle, encore moins de prise de risque, sauf de la part de Kristen Stewart, prise en flagrant délit de perf ostentatoire, qui confirme à travers ce rôle de pute junkie une envie de casser la sage image de Twilight, peu de temps après avoir incarné Joan Jett dans Les Runaways.
A priori, le spectateur rompu à ces formules pourrait se lasser d’un programme aussi balisé. Pourtant, il y a bien UNE scène incroyable qui cueille comme par magie et qui fait regretter que tout ne soit pas de la même tenue. A un moment donné, le vieux couple se laisse une seconde chance : alors que le mari prolonge son voyage à des kilomètres du foyer et de la déprime quotidienne, l’épouse le rejoint, sans prévenir. Un simple coup de téléphone : elle est venue sur un coup de tête, parce qu’elle avait besoin de lui, de sa présence, de sa force tranquille, de son corps d’ours rassurant. Lui attendait ça depuis une éternité, sans jamais oser l’espérer. Aussitôt, il la recherche dans le grouillement urbain. Au loin, il aperçoit le visage anxieux de sa femme, s’avance comme un ado timide au premier rendez-vous, lui sourit sans savoir quoi faire de ses bras, balance deux trois banalités et sent son cœur rebattre. On a beau savoir où Scott fils nous emmène, il réussit à cet instant précis à faire passer une émotion inattendue qui empoigne avec une force inouïe. Cet exploit, il le doit à James Gondolfini, génial à chaque seconde, qui ne connaît pas la médiocrité et sauve par la simple intensité de son regard des scènes impossibles sur le papier.

