[CRITIQUE] MIDNIGHT MEAT TRAIN de Ryûhei Kitamura

Midnight Meat Train marque la rencontre entre Ryuhei Kitamura, réalisateur de Versus, et Clive Barker, écrivain qui n’a rien tourné au cinéma depuis Le maître des illusions en 1995 et qui aujourd’hui fait un peu comme Alejandro Jodorowsky (il adapte sur un autre support artistique ce qu’il ne peut plus proposer au cinéma). Cette collaboration inattendue provoque une excitation pure qui tranche avec les séries B actuelles. En regardant The Midnight Meat Train, on pense instantanément à un classique du genre : Candyman, de Bernard Rose (1990). Ce n’est pas un hasard puisqu’il s’agit de deux adaptations de Clive Barker au cinéma qui jouent sur la même combinaison du réel glauque et de la fantasmagorie insolite. Dans l’un comme dans l’autre, les personnages principaux sont motivés par l’addiction du danger et confrontés à une violence sociale avant d’être dépassés par une légende urbaine: les loubards qui agressent le mannequin asiatique dans The Midnight Meat Train rappellent ceux qui se baladent dans la cité de Cabrini Green avec un crochet pour imiter Candyman. Le train du titre arbore des wagons chromés qui lui confèrent un aspect irréel. En fait, il préfigure le passage dans un monde parallèle et ravive la croyance oubliée du croque-mitaine. Les amateurs de Barker seront ravis de retrouver ses prédilections pour la métamorphose (les boutons purulents sur le torse du tueur boucher, le crochet en forme d’excroissance, le rapport morbide à la sexualité et à l’alimentation, la mutation inconsciente vers la bestialité) et le sadomasochisme physique/moral (les mutilations, le rapport maître/disciple entre le tueur et le photographe). Sur ces bonnes bases, Ryuhei Kitamura qui a remplacé au pied levé Patrick Tatopoulos met sa virtuosité formelle au service de l’histoire en organisant des scènes de meurtre impressionnantes. La plupart du temps, il met le spectateur à la place des victimes pour qu’il ressente le choc. On a même droit à des visions subjectives dans une scène onirique où le héros voit son reflet dans une flaque de sang. Le travail sur le son permet de retranscrire ce qui se passe dans une tête qui vient d’être décapitée, mais l’utilisation du numérique et du gore en CGI rappelle que rien n’est à prendre au sérieux. Plus l’intrigue progresse, plus la stylisation vire à l’abstraction baroque. A l’arrivée, c’est autant le film de l’un (la perversité de Barker) que de l’autre (l’efficacité de Kitamura). Les cinéphiles seront sensibles à l’allusion au Angel Heart, d’Alan Parker, à travers le personnage diabolique de Brooke Shields proche de celui de Robert de Niro et un dénouement pessimiste qui sert de morale à cette fable sur les apparences.

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