[CRITIQUE] EX DRUMMER de Koen Mortier

Le parcours de Koen Mortier est étrangement similaire à celui d’un Roy Andersson (Chansons du deuxième étage). N’ayant pas envie de céder aux sirènes de la télévision (peur du calibrage), encore moins à celles des séries (peur de la répétition), il laisse éclater son imagination dans des pubs très stylisées. Adapté d’un roman culte de Herman Brusselmans, sorte de Chuck Palahniuk national, Ex Drummer, son premier long métrage présenté en double-programme avecSoudain le 22 mai, ressemble à un adolescent mal élevé mais tellement inventif et virtuose qu’on lui passe tout. Le résultat a souvent été comparé àTrainspotting pour son énergie irrésistible. Ce n’est pas faux. Koen Mortier a choisi des comédiens inconnus et ultra-décomplexés qui n’ont peur de rien et donné une grande importance à la bande-son qui contient le meilleur de la scène rock flamande. Conformément au roman, il adopte le point de vue d’un romancier («le pire de tous», d’après Mortier) qui devient membre d’un groupe raté et relate sa déchéance.

Dès le générique à rebours impressionnant où tous les événements sont montés à l’envers comme si on voyait la vie à travers les lunettes d’un junkie, Kortier révèle un art du décalage proche de la trilogie Pusher, de Nicolas Winding Refn. Par la suite, le film concentre tant de provocations acides que l’on peut trouver vaines si on n’est pas client des extravagances visuelles. La majorité des critiques n’y ont vu qu’un vomitif flattant les bas instincts de l’homme, accusant par ailleurs son auteur de faire une belle pub au parti nationaliste flamand d’extrême droite. Ce serait pourtant oublier que nous sommes dans la tête de quelqu’un. Tous les événements sont sauvagement amplifiés pour rappeler à quel point le cinéma est l’art du mensonge et qu’il autorise toutes les outrances esthétiques (l’image, d’ores et déjà anthologique, du junkie qui marche au plafond). Le scepticisme des uns ne doit pas brider la curiosité des autres, trop heureux de découvrir un objet de cinéma totalement «autre» où les personnages shootés gerbent du sang, s’explosent la cervelle, couchent avec n’importe qui, pissent en bas de l’écran. Peu étonnant donc que le scénario ait été refusé deux fois par le Vlaams Audiovisueel Fonds estimant que ça ne représentait pas « le chemin que le cinéma flamand devait suivre ». Comme disait Ted Nugent : «Si c’est trop fort, c’est que vous êtes trop vieux».

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