[CRITIQUE] LES ACACIAS de Pablo Giorgelli

Présenté à la Semaine de la Critique, Les Acacias a décroché la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes, un peu à la surprise générale. Peut-être parce qu’à une heure où chaque production a besoin de surmédiatisation pour être vue, ce premier long métrage de l’Argentin Pablo Giorgelli joue la carte de la ténuité et de la pudeur, persuadé que le minuscule ne manque pas de grandeur. On ne peut que lui donner raison. Le film fréquente un genre ultra-codifié (le road-movie) et suit une ligne claire : le voyage d’un routier et de sa passagère du Paraguay jusqu’à Buenos Aires. Difficile de faire plus simple qu’un homme, une femme et un bébé dans un camion. En surface, il ne se passe pas grand-chose, mais rapidement les apparences se révèlent trompeuses. En fait, les situations favorisent toutes les spéculations, même les plus incongrues, sur la suite des événements. Forcément, on a tendance à imaginer le pire mais le cinéaste, lui, a le bon goût de ne pas choisir cette voie -là. Au lieu d’entretenir un dialogue artificiel, les deux protagonistes préfèrent fixer la route sans ouvrir la bouche. On ne saura jamais réellement d’où ils viennent ni s’ils vont arriver à destination, mais il suffit d’observer ce qui circule sur leurs visages, de surveiller leurs gestes et de suivre leurs regards pour comprendre que la vie les a quelque peu brusqués. Le temps de quelques heures, ils appartiennent à la même famille. Et le routier devient cet homme qui manque à l’appel, cachant un cœur tendre derrière sa carapace d’ours. De toute évidence, Giorgelli procède d’une vision du monde dont tout découle, de la durée des plans à la direction d’acteurs en passant par la parole rare de ceux qui ne sont jamais dans le discours (les gestes suppléent souvent aux mots employés maladroitement). En d’autres termes, elle et lui sont suffisamment sauvages, modestes, dignes et crédibles pour éviter les confessions intimes dégoulinant de pathos ou encore les phrases définitives sur le sens de la vie. Les silences apaisants laissent à l’émotion le temps de poindre et de grandir, suggérant que les choses peuvent naitre naturellement, sans que l’on ait besoin de les dire. Emballée en une heure vingt à peine, portée par de bonnes mains, de beaux regards et dépourvue de sensiblerie, cette balade mélancolique réveille des sentiments endormis qui n’attendaient que ça. Les deux interprètes quasi-inconnus sont tellement formidables qu’on regrette presque de les quitter aussi vite (on aurait bien pris quelques kilomètres de plus au compteur). On décernera une mention spéciale au meilleur bébé-acteur que l’on ait vu sur un écran de cinéma depuis longtemps : le regard revenu de loin, braillard ou craquant quand il le faut, et capable de passer du sourire au sommeil en un clignement d’œil. Allez savoir comment Giorgelli a obtenu ça, mais c’est certainement ce que son film possède de plus beau et de plus précieux.

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