[CRITIQUE] LE PROJET NIM de James Marsh

A l’origine, Le Projet Nim fut mis en place pour réfuter la thèse de Noam Chomsky selon laquelle le langage serait le produit d’une capacité appartenant exclusivement à l’homme parce qu’il est génétiquement inscrit en lui. Dans les années 70, un professeur en quête de reconnaissance publique était convaincu que la communication entre l’homme et le chimpanzé pourrait naître par le langage des signes. Pour ce faire, il a placé le chimpanzé ironiquement baptisé «Nim Chimpsky» dans une famille humaine de substitution afin de prouver qu’il y avait plus en lui qu’une simple somme de mouvements. James Marsh, cinéaste plus connu pour le documentaire Le Funambule que pour ses fictions (l’intrigant The King), propose une réflexion passionnante sur la communication en racontant une tentative de domestication, à travers des images d’archives et des témoignages de la famille ayant recueilli le primate. La bonne nouvelle, c’est qu’au lieu d’être une dissertation sur l’inné et l’acquis, Le Projet Nim est surtout le récit d’un échec humain qui laisse des séquelles et rappelle l’éternelle volonté des hommes de jouer les démiurges, oubliant un peu vite que la nature a horreur de l’organisation. Cette démarche, au départ enthousiasmante pour les différents protagonistes puis de moins en moins face à la tristesse de l’animal, allait de pair avec les croyances et autres utopies bohèmes répandues à une époque favorisant toutes les excentricités. Mais elle rappelle surtout l’expérience de Frankenstein (ou le Prométhée moderne), où le «monstre» finit par vouer une haine envers son créateur en raison des tourments subis. La trajectoire est similaire, presque inéluctable. S’il a appris une centaine de signes différents durant sa vie, Nim, le chimpanzé surdoué, a fini cobaye, dans un état proche de l’aliénation et de la mélancolie, parqué avec ses congénères dans un enclos. Il y a tout intérêt à comparer la réalité et la fiction, à savoir ce documentaire et La planète des singes. D’autant qu’il ne faut pas en sous-estimer la morale : sous le vernis des apparences et de la civilisation, les hommes possèdent une part animale.

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