[CRITIQUE] BABYCALL de Pal Sletaune

Anna fuit son ex-mari violent, avec son fils de 8 ans, Anders. Ils emménagent à une adresse tenue secrète. Terrifiée à l’idée que son ex-mari ne les retrouve, Anna achète un babyphone pour être sûre qu’Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais d’étranges bruits, provenant d’un autre appartement viennent parasiter le babyphone. Anna croit entendre les cris d’un enfant…

Chez Pål Sletaune, les personnages principaux font de mauvaises rencontres. Dans Junk Food (1998), un facteur tombait dans un traquenard après avoir piqué des clés d’appartement oubliées sur une boîte aux lettres. Dans Amatorene (2001), le responsable d’un fast-food découvrait au moment de se suicider le corps ligoté d’une rock star. Dans Next Door (2009) – dont on se souvient encore les scènes de sexe avec coups de poing dans la tronche -, un homme abandonné par sa fiancée était pris au piège par deux voisines perverses. Dans le dernier Babycall (2011), une femme traumatisée par la violence de son ancien mari est persuadée qu’il revient battre son enfant de huit ans. Contrairement à Next Door qui est directement sorti en DVD, Babycall, qui lui ressemble beaucoup, sort en salles – son plébiscite au dernier festival de Gérardmer (Grand Prix, Prix de la critique) et la présence en tête d’affiche de Noomi Rapace y ont contribué. Avec son argument en or (l’angoisse du baby-phone), ce thriller paranoïaque renoue avec la tradition du cauchemar en appartement, de l’immeuble glauque hanté par la présence maquisarde du mal et des dérives névrotiques de Roman Polanski – on pense beaucoup (trop) à Répulsion (1965).

C’est un peu le pendant féminin du sous-estimé Insomnies, de Michael Walker (2002), dans lequel Jeff Daniels cherchait sa femme disparue et ne comprenait pas pourquoi il avait les mains en sang. Pas de bébé géant monstrueux dans la baignoire cette fois-ci, ni d’images potentiellement choquantes, mais le même élargissement de l’espace-temps, la même atmosphère inquiétante, le même sentiment de claustrophobie, le même brouillage de pistes entre réalité et fantasme, la même révélation d’une invraisemblable vérité. Imperceptiblement, l’univers quotidien devient mental, le monde extérieur ressemble à une agression permanente, Noomi Rapace ouvre et ferme des portes en roulant des yeux pour faire comprendre que quelque chose cloche. Babycall est d’une simplicité trompeuse, d’autant que les motifs sont éprouvés, que l’atmosphère a tendance à prendre le pas sur la narration et que le doute n’est pas nécessairement entretenu par la composition de l’actrice des Millenium, trop déréglée pour manier l’ambiguïté, trop louche pour être honnête. Conséquences : une tendance au psychologisme, un déficit d’empathie, un léger détachement. Le film explique le mystère épais à la toute fin, comme un système de manipulation par l’illusion avec une surprise scénaristique déréglant de justesse les motifs traditionnels du fantastique. On n’est quand même pas loin de la roublardise et ce n’est pas une première chez Pål Sletaune. Pour autant, les amateurs de puzzle tortueux au cinéma devraient plonger avec plaisir dans ce climat déstabilisant.

Les articles les plus lus

« Good boy » de Viljar Bøe: l’amour est un chien de l’enfer

Seconde nouveauté dans le marathon Halloween de la plateforme...

Reco chaos pour l’été: « Dernier été » de Frank Perry, le choix de Bruce LaBruce

Cet été, on révise les classiques et on pose...

[FANTASMES ET PSYCHOSES SEXUELLES DE MISS AGGIE] Gerard Damiano, 1974

Sur les lits de Gerard Damiano, Eros et Thanatos...

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

« Saturnalia » : un film d’horreur indépendant qui rend hommage à Dario Argento

Le film d’horreur indépendant Saturnalia se dévoile dans une...

Après « Brides », Chloe Okuno planche sur le thriller horrifique « Bad Hand »

La réalisatrice Chloe Okuno (Watcher) s’associe à la scénariste...

[LAKE MUNGO] Joel Anderson, 2008

Pour donner naissance à un film culte, rien ne...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Date de sortie 2 mai 2012 (1h 36min) De Pal Sletaune Avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner, Vetle Qvenild Werring Genre Thriller Nationalité Norvégien[CRITIQUE] BABYCALL de Pal Sletaune
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!