[CRITIQUE] YOUNG ADULT de Jason Reitman

Originaire d’une petite ville de province où elle s’ennuyait à mourir, Mavis Gary s’est installée à Minneapolis où elle est devenue auteur de romans pour ados. Mais lorsqu’elle apprend que son ex-petit copain de lycée est devenu papa, elle décide de revenir sur les lieux de son enfance pour le reconquérir. Tandis que Mavis semble sûre d’elle et de son pouvoir de séduction, la situation ne tourne pas à son avantage. Elle noue alors une relation peu banale avec un ancien camarade de lycée, mal dans sa peau, qui, malgré les apparences, lui ressemble plus qu’il n’y paraît…

Après Juno, Jason Reitman et Diablo Cody retravaillent ensemble et continuent d’humaniser les clichés ambulants. Sans surprise, ce nouvel exemple de collaboration porte une nouvelle fois ses fruits et prouve à quel point Diablo Cody, qui n’a pas dû se remettre de l’échec artistique du film d’horreur lesbien Jennifer’s Body (Karyn Kusama, 2009), a besoin de la vision d’un réalisateur à l’opposé de ses convictions pour toucher un public plus large. Au départ, l’ambition de Young Adult se révèle d’autant plus séduisante qu’il s’agit de montrer grossièrement comment des figures archétypales du lycée (la pom-pom-girl, le playboy, le freak opprimé des cours de récré) ont – mal – vieilli. Charlize Theron, que l’on n’a peut-être jamais vu aussi à l’aise, y joue une ancienne reine de beauté à l’aube de quarantaine, persuadée qu’il est possible de rectifier le tir de sa vie morose en quittant sa mégapole anonyme et en revenant là où elle a vécu plus jeune. Elle oublie juste que ceux avec lesquels elle a grandi ont eux aussi changé et ne l’ont pas attendu pour prendre leur vie en main. Confrontée à cette terrible désillusion, la vieille peste qui ne connaît ni les rides ni les biberons à cinq heures du matin va conduire son bulldozer et écraser ceux qui se mettent en travers de son chemin.

La chronique commence dans le rire et s’achève sur une grimace, un rictus de douleur. Si Diablo Cody brode sur un sujet dans l’air du temps (la nostalgie dorée noyée dans un marécage de souvenirs), son script accuse quelques faiblesses, à commencer par son point de vue vindicatif qui ressemble à celui d’une geek qui décharge sa haine sur son blog pour humilier ceux qui l’ont contrariée. Du coup, le jugement moralisateur et l’antipathie sciemment provoquée par l’héroïne menacent de jouer contre le film qui, de fait, perd un peu de son ambiguïté (personne n’est à sauver). Difficile de ne pas y voir un autoportrait de Diablo Cody qui, enfermée dans sa tour d’Ivoire, n’en recèle pas moins une vraie solitude et une vraie souffrance que la réussite sociale ne pourra jamais combler. Heureusement, la mise en scène de Jason Reitman instaure une distance nécessaire et nuance le propos, accentuant au passage la mélancolie, compensant la misanthropie par l’amertume et évitant de justesse le règlement de compte puéril d’une pétasse hystérique envers tous ces couples hétéros sagement rangés dans les conventions sociales.

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Date de sortie 28 mars 2012 (1h 33min) De Jason Reitman Avec Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson Genres Drame, Comédie Nationalité Américain[CRITIQUE] YOUNG ADULT de Jason Reitman
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