Au Mexique, pays dominé par le crime organisé et la corruption. Laura et son amie Uzu s’inscrivent à un concours de « Miss Beauté » à Tijuana. Le soir, Laura est témoin d’un règlement de compte violent dans une discothèque, et y échappe par miracle. Sans nouvelle d’Uzu, elle se rend le lendemain au poste de police, pour demander de l’aide. Mais elle est alors livrée directement à Nino, le chef du cartel de narcotrafiquants, responsable de la fusillade. Kidnappée, et sous la menace, Laura va être obligée de rendre quelques « services » dangereux pour rester en vie.
Le réalisateur mexicain Gerardo Naranjo nie l’évidence lorsqu’il affirme non sans arrogance n’avoir vu aucun film pendant la préparation de Miss Bala. Son cauchemar éveillé aux confins duquel persiste une irréductible énigme partage beaucoup de points communs avec le cinéma de Gaspar Noé, à commencer par la capacité à entrer dans la tête d’un personnage. En l’occurrence, une oie blanche soudainement confrontée à l’hostilité du monde extérieur. Faute de prendre position, elle devient à la fois victime et complice malgré elle. Le parallèle entre le concours de beauté et le kidnapping des membres d’un cartel de néo-trafiquants propose au premier degré une parfaite alliance du rose et du noir, du rêve et du cauchemar, de douceur et de brutalité. En profondeur, ces extrêmes révèlent les mêmes vices du spectacle et du spectaculaire. C’est manifestement ce que Naranjo pointe du doigt, conjuguant une grande lisibilité à une grande roublardise, plus que de la simple indignation facile – son film, qui aurait pu s’appeler «De l’autre côté du miroir» ou «Derrière la porte rose» ne s’aventure paradoxalement pas le terrain politique, accepte d’emblée le Mexique comme un pays corrompu et ne cherche pas à le transformer ni à dénoncer quoique ce soit. C’est peine perdue.
L’intérêt du film réside dans sa mise en scène hallucinante, à la fois instinctive, mentale et hyper travaillée, privilégiant les plans-séquences pour inscrire l’action dans la durée. Certains trouveront sans doute cette virtuosité douteuse. Elle est pourtant justifiée par la descente aux enfers de la reine de beauté, la tension paranoïaque, l’illogisme Kafkaïen qui fait passer de l’inertie à l’accélération, de l’angoisse sourde à l’action. Comme dans un cauchemar donc, l’identité et les repères deviennent flous, le corps n’appartient plus, la peur pétrifie sur place. Cette «Miss Bala» ressemble de plus en plus à une héroïne de Lewis Carroll confrontée à la cruauté de ses fantasmes de gloire (cruauté du concours puis cruauté de la vie), persécutée par les démons qu’elle a rencontrés pendant tout son trajet. Sauf qu’à la fin, elle oublie de se réveiller.

