« Dolly » de Rod Blackhurst : un court métrage horrifique étiré en long qui plonge dans un état de torpeur

Dans la tendance – tout univers confondu –, on n’échappe pas au recyclage, et surtout pas le cinéma d’horreur : on remarque depuis quelques années, et en particulier du côté de la VOD, un retour vers une certaine imagerie qui avait agité le genre dans les années 2000. Avec l’enchaînement de The Texas Chainsaw Massacre (Marcus Nispel, 2003), Haute Tension (Alexandre Aja, 2003), The Hills Have Eyes (Alexandre Aja, 2006), The Devil’s Rejects (Rob Zombie, 2005) ou encore Wolf Creek (Greg McLean, 2005), on refaisait connaissance avec une horreur qu’on pensait perdue après des années amidonnées : brutale, poisseuse, nihiliste, sauvage. De boue, de sang, de terre et de clous rouillés : on rampait pour survivre à d’innombrables dégénérés. Chic et choc sans le chic. Et voilà que des titres comme The Price We Pay (Ryûhei Kitamura, 2022), The Seeding (Barnaby Clay, 2023), The Furies (Tony D’Aquino, 2019), Match (plagiat cracra de Barbarian de Zach Cregger, 2022), Beaten to Death (Sam Curtain, 2022) ou encore Meat Cleaver Massacre (Evan Lee, 1976), retrouvent cet étrange mood de la souillure énervée. Problème : on n’avait rien demandé.

On peut dès lors ajouter à ce panier garni le tout récent Dolly, qui atterrit dans nos salles après un chelem de festivals. Son esthétique 16 mm, toute craquelée et poussiéreuse, joue en sa faveur – du moins le croit-on – dans les premières minutes, empruntant le même champ lexical que Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974). En bref : une maison paumée qui craque de partout, avec une crasse qu’aucun bidon de javel ne pourrait enlever. Le filmage, plan-plan et très caméra à l’épaule, évoque davantage les DTV qui se sont bousculés au rayon survival il y a une quinzaine d’années. Trame simple : un couple au bord du « oui oui, I love you » tombe sur le territoire d’une créature masquée, muette et sanguinaire, qui attrape les paumés du coin pour essayer de les domestiquer dans l’espoir qu’ils deviennent le gros bébé de sa maman. Et c’est tout.

On cherche en vain l’idée déviante, bizarre, inconfortable, pour sortir de la torpeur dans laquelle Dolly nous plonge très vite. Bien que très court (1h20 et des poussières), le résultat aurait pu s’en tenir à une dizaine de minutes. Rien à dire, rien à voir, rien à faire. Seann William Scott, ex-égérie sexy de American Pie (Paul Weitz & Chris Weitz, 1999), se prend une pelle dans la tronche. Il y a des cadavres au placard et des poupées flippantes partout. La belle affaire. Sur le même sujet, on vous redirige vers le premier sketch du génial V/H/S Halloween avec son fantôme maternel adepte du « coochie-coochie », ou encore le mésestimé American Gothic (John Hough, 1987), où l’héroïne devenue zinzin accepte de devenir l’enfant chéri d’un couple de rednecks psychopathes. Vous savez quoi faire.

1 avril 2026 en salle | 1h 23min | Epouvante-horreur
De Rod Blackhurst | Par Rod Blackhurst, Brandon Weavil
Avec Fabianne Therese, Seann William Scott, Ethan Suplee

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