« Don’t Leave The Kids Alone » de Emilio Portes à Gérardmer 2026 : un amalgame d’intentions mal digérées

Voilà un petit moment que le cinéma d’horreur mexicain n’avait pas donné de nouvelles par chez nous, rendant forcément Don’t Leave the Kids Alone difficile à bouder. Auréolé du Prix du Jury Jeune au dernier Festival de Gérardmer, le film nous fait suivre la soirée de deux enfants laissés seuls à la maison, dont la promesse d’amusement façon Kevin McCallister va rapidement tourner à la hantise et au cauchemar. Une jolie promesse, pour un résultat malheureusement peu digeste, amalgame d’intentions mal digérées.

La déception survient d’abord dans l’approche formelle, joliment amenée par d’étranges atmosphères lumineuses embrumées façon Poltergeist, hélas écrans de fumée pour des effets de mise en scène souvent cheap. Passés quelques effets numériques disgracieux, le film agace surtout dans sa volonté constante de nous chahuter. Rien ne tient en place, du montage surexcité à la réalisation surdécoupée, mouvante jusqu’à l’étourdissement. Les quelques coups de tonnerre lancés au loin, de même que la musique souvent pompière, peinent à masquer la mollesse de la mise en scène d’Emilio Portes, plus proche du manège de maison hantée mécanique et aléatoire qu’autre chose. La volonté d’expérimenter est louable, mais trop aléatoirement menée pour ne pas systématiquement tomber à côté.

L’expérience n’est pas beaucoup plus lisible narrativement. En prenant le parti de suivre un duo d’enfants durant la majorité de son récit, Don’t Leave the Kids Alone, en plus de se cantonner à des chamailleries sans grand intérêt, oblige à supporter leur méchanceté totale. Mati, le plus âgé des deux, ne semble avoir pour seule caractéristique que d’être un insupportable bully, rendant l’empathie plutôt périlleuse.

Les péripéties s’enchaînent alors comme autant de petits sketchs horrifiques sans fondement ni conséquences, le film tournant rapidement à vide puisqu’exempt d’enjeux. Qui plus est, le choix d’une narration parallèle, nous faisant suivre les péripéties administratives — oui, vraiment — de la maman, coupe toute possibilité d’installer une tension sur le long terme. D’allers-retours qui se rêveraient roller-coaster, on subit sans grand enchantement une suite de dos d’âne.

Si les défauts s’accumulent, tout semble, in fine, découler d’une incapacité de l’auteur à prendre un cap clair. En se lançant dans un nombre de pistes faramineux — du traumatisme au commentaire socio-économique en passant par la hantise et le simili Maman, j’ai raté l’avion — entre autres que l’on ne citera pas — Emilio Portes cherche à tout explorer, mais ne va finalement nulle part.

Outre la frustration de voir des éléments apparaître et disparaître sans autre forme de procès, c’est véritablement l’implication qui en pâtit. Les querelles d’enfants n’ont plus grand-chose de captivant dès lors qu’elles s’inscrivent en parallèle d’un fond fondé sur un traumatisme fantastique. Les pistes sont sans doute passionnantes individuellement, mais ici fondues dans un gloubiboulga de thématiques et de tons. La frustration n’en est que plus grande.

Réalisateur : Emilio Portes
Avec : Ana Serradilla, Ricardo Galina, Juan Pablo Velasco
Mexique
2025 | 97 min

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