Il y a d’abord cette tentation, presque belle, presque noble : croire que Shelby Oaks aurait pu être la descendance naturelle de Lake Mungo (Joel Anderson, 2008), l’héritier vidéaste du Blair Witch Project, un rejeton nerveux du film trouvé-mangé par l’obscurité. Chris Stuckmann, critique devenu faiseur d’ombres, veut y invoquer ces forces tutélaires, mais ce qu’il ressuscite ressemble davantage à leurs silhouettes projetées sur un drap trop propre. On attend la transe, on récolte l’écho.
Et pourtant, le prologue avait de quoi secouer : une mosaïque d’interviews, de faux docu, d’archives, un brouillard médiatique tournant autour de Riley Brennan, youtubeuse intrépide et figure de proue des « Paranormal Paranoids ». Le genre de bande qui hésite entre imposture et miracle surnaturel, entre canular calibré et vision de l’autre côté du couloir. On devine là un thème puissant — l’œil qui doute de ce que l’image affirme — mais Stuckmann l’effleure, comme un fantôme timide qui n’ose pas claquer la porte.
Puis le récit se fracture. Riley disparaît, ses comparses aussi, après une virée nocturne dans une prison abandonnée. Une caméra sur deux revient ; l’autre se perd dans les entrailles du mythe. On aperçoit l’horreur mais jamais sa forme. Le démon personnel de Riley ? Un ravisseur ? Une présence née d’un hors-champ trop longtemps ignoré ? Les cadavres démembrés posent plus de questions qu’ils n’en résolvent. Et le film les laisse en plan, comme si un scénariste nerveux avait jeté les pages au vent.
Douze ans plus tard, Mia, sœur rongée par la quête, décide de reconstruire ce puzzle spectral. Mais c’est ici que Shelby Oaks vacille franchement. En abandonnant le found footage pour une mise en scène classique, le film perd son venin. Là où la bande granuleuse générait du cauchemar comme dans le premier Hell House LLC, pas sa suite aux relents de copier-coller, l’image propre dissout la tension dans un bain tiède. Tout semble trop net, trop sage, trop conscient d’être filmé.
Stuckmann, par une étrange malédiction, invoque encore et encore les mêmes gimmicks : têtes tournant au ralenti, sol qui craquent, autant de trucs déjà usés par mille productions oubliées sur les plateformes. Même les figures démoniaques, se répètent jusqu’à l’érosion. On finit par anticiper le sursaut avant qu’il ne se décide à jaillir, exactement ce que le cinéma d’horreur ne devrait jamais permettre.
Reste une étincelle : Keith David, monolithe de charisme en ex-directeur de prison, qui livre un monologue fumant sur murs hantés et détenus possédés. Un personnage si riche qu’on en vient à rêver d’un film centré sur lui — une sorte de Shocker inversé, où le gardien se bat contre la contamination des ténèbres dans ses propres couloirs. Là, oui, il y avait du nouveau.
Stuckmann n’est ni sot ni mal intentionné. Son premier film porte les stigmates d’un passionné trop amoureux de ses influences pour les dépasser. Shelby Oaks n’est pas un naufrage, mais un mirage : beau de loin, familier de près, condamné à hanter ce purgatoire où errent les œuvres qui confondent hommage et répétition.
19 novembre 2025 en salle | 1h 31min | Epouvante-horreur, Fantastique, ThrillerDe Chris Stuckmann | Par Chris Stuckmann Avec Camille Sullivan, Sarah Durn, Brendan Sexton III |
19 novembre 2025 en salle | 1h 31min | Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller


