« Queens of the dead » de Tina Romero : l’hommage sanglant et flamboyant d’une fille à son père

On pourrait croire que Queens of the Dead surgit d’un vortex laissé ouvert par The Rocky Horror Picture Show et Return of the Living Dead. Mais non : Tina Romero, héritière de la dynastie des tripes sentientes, préfère troquer le cynisme paternel pour une flamboyance de backstage, où la poudre de diamant remplace la cendre radioactive et où chaque talon aiguille claque plus fort qu’un fusil à pompe.

Avant même que les zombies ne s’invitent à Bushwick, le Club Yum ressemble à un asile gothico-queer où les egos s’entrechoquent comme dans Hausu : Sam, phénix cabossé, affronte les regards, les jalousies, les rivalités et l’absence brutale de Yasmine, star envolée laissant le show en roue libre. Les morts-vivants ne sont finalement qu’un léger contretemps, une décoration mouvante ajoutée à une scène déjà saturée de néons et de tensions.

Les créatures, couvertes d’argent colloïdal, semblent avoir fait un détour par le plateau de Suspiria avant de fondre sur le club. Elles ont la grâce étrange des goules bleutées de Dawn of the Dead, mais maquillées comme pour un gala cannibale. Romero fille les observe avec tendresse, plus fascinée par leur potentiel esthétique que par leur menace. Comme si le film murmurait : quelque part, même les zombies méritent une mise en beauté.

Mais c’est dans la comédie sociale que le film sort vraiment les griffes. Le personnage de Barry, homophobe de sitcom coincé dans un monde qui l’a déjà oublié, semble téléporté depuis Demons 2 sans que personne ne l’ait prévenu. Sa présence crée un décalage étrange, un souvenir moisi d’un humour d’un autre âge, assez pathétique pour devenir attendrissant malgré lui. Autour de lui, les queens oscillent entre poignard verbal et sororité explosive, rappelant l’énergie électrique d’un Priscilla, folle du désert sous MDMA.

Et quand enfin les ongles vernis transpercent la viande et que les micros hurlent plus fort que les mâchoires affamées, Queens of the Dead révèle sa vraie nature : un « presque musical » qui préfère le cabaret au carnage, le geste au gore, l’éclat au trauma. L’ultime numéro, kitsch comme une relique VHS, achève de transformer l’apocalypse en fête foraine. Si Tina Romero écrit une lettre à son père, elle trempe la plume dans la sueur, le glitter et quelques taches de sang. Mais surtout dans l’amour : celui d’une communauté qui transforme même la fin du monde en soirée drag irrésistible. On en ressort ivre, ébloui, avec l’envie furieuse d’enchaîner sur un marathon Night of the Comet + Party Monster.
Voyez Queens of the Dead (quand vous le pourrez, à l’heure où j’écris ces lignes, il n’y a pas de date de sortie fixée en France), c’est accepter que parfois, ce ne sont pas les zombies qui gagnent.

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