« Jimmy & Stiggs » de Joe Begos : une sortie de cuite spatiale, disponible sur Shadowz pour Halloween

Bienvenue dans l’appartement de Jimmy Lang, réalisateur fauché, camé jusqu’aux sourcils, qui voit des aliens entre deux rails et trois verres de whisky. Joe Begos, qui l’incarne lui-même, filme ce huis clos comme un trip paranoïaque en circuit fermé : pas d’extérieur, pas d’air, juste la moiteur, la poudre, la sueur, et un type qui se demande si les extraterrestres le tripotent ou s’il se tripote tout seul. C’est une gueule de bois quasi cosmique, une descente vers un fond d’écran mental où la réalité coule comme une tache sur le plafond.

Begos n’en est pas à son premier rodéo sous amphétamines (The Mind’s Eye, Christmas Bloody Christmas), mais ici, il s’enferme littéralement dans sa propre tête. Il incarne un cinéaste à la dérive, persuadé que les petits hommes verts l’ont pris pour cobaye. On pourrait y voir une métaphore sur le cinéma indépendant, les producteurs-vampires ou les démons intérieurs, mais non : Jimmy sniffe, Jimmy boit, Jimmy hurle, et le film suit sa logique — celle d’un homme qui confond possession et lendemain difficile.

Son seul espoir ? Stiggs, vieil ami disparu dans la brume du temps et des rancunes. Mais Stiggs ne répond pas. Alors Jimmy s’enfonce, un peu plus chaque minute, entre deux monologues délirants sur les règles de l’abduction extraterrestre et la théorie selon laquelle l’alcool empêche les aliens d’entrer dans ton cerveau. Ce credo, il le prend au pied de la lettre. Et Begos filme son héros titubant comme un Christ toxico, martyr du stupre et de la solitude, perdu dans une lumière rose chewing-gum et néon bleue.

Quand Stiggs finit par rappeler, il est déjà trop tard : Jimmy a franchi la frontière entre la paranoïa et la possession. Begos transforme alors son salon en champ de bataille, ses murs en matière organique, et son propre visage en manifeste d’auto-destruction. On se croirait chez Rob Zombie en pleine migraine, quand le gore se mélangeait à la comédie. Ça pue la transpiration et le 16 mm, et c’est sans doute voulu.

Le film baigne dans une lumière de boîte de nuit pour damnés : rose bonbon, bleu électrique, tout clignote jusqu’à l’écœurement. Chaque plan donne l’impression d’avoir été tourné dans un aquarium de vomi fluorescent. Et pourtant, derrière la frime visuelle, il y a une sincérité crade, un désespoir qu’aucune drogue ne masque. Begos, en Jimmy, gueule sa détresse à travers un filtre de bruit, d’éclaboussures et de fuck lancés comme des balles à blanc.

Il faut dire que Jimmy & Stiggs n’a ni héros ni salut : seulement deux types usés, un appartement saturé d’écrans, et un monde où la réalité s’est dissoute dans les vapeurs d’alcool. C’est laid, vulgaire, sincère. Begos filme la déchéance comme un numéro de cirque, avec la tendresse d’un tueur qui s’admire dans le sang de sa victime.

Certains y verront du mauvais goût ; d’autres, une confession filmée à la seringue. Mais il y a là quelque chose d’honnête : une colère sans filtre, un cinéma qui éructe, qui ne séduit pas, qui brûle. Quand Jimmy fracasse la tête d’un alien, c’est le film tout entier qui rit de lui-même. Un rire jaune, saoul, tragique.

Jimmy & Stiggs n’essaie, je crois, pas de plaire. Il te balance son vomi néon à la figure et t’invite à trouver ça beau. Et à force de loucher dans ce chaos rose et bleu, on finit par y croire.

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