« Good Boy » de Ben Leonberg : un film d’horreur avec un chien qui hurle à la lune

Dans la nuit, un chien rêve. Pas de steak, ni de balle, ni de peluche décapitée, mais d’un monstre qui le traque, une aberration née de la boue et du cauchemar. Le plan dure quelques secondes, une éternité pour un museau endormi et déjà Good Boy nous arrache au monde des bipèdes pour nous plonger dans la psyché d’un canidé hanté. Ben Leonberg, petit sorcier du film de genre, ose un pari insensé : filmer la peur à hauteur de truffe.

Son héros, Indy (facile), un Nova Scotia Duck Tolling Retriever, excusez du peu, vit seul avec son maître Todd, un type blême au souffle court qui fuit la ville pour se réfugier dans la demeure forestière de feu son grand-père. À peine installé, Todd crache ses poumons dans un brouillard d’éclats VHS, de taxidermie poussiéreuse et de souvenirs mal digérés. Le chien, lui, observe. Il voit son maître se déliter, sent la maladie s’infiltrer, entend les craquements du plancher comme autant de signes d’un monde qui se décompose.

Leonberg aurait pu sombrer dans la blague potache, la version caniche de Cujo, ou Air Bud sous quelques stéroïdes, mais il préfère tisser un conte tragique sur la fidélité et la peur, sur ce lien aveugle entre bête et humain. Le scénario quasi muet agit comme un poème minimaliste : peu de mots, beaucoup de souffle. Chaque silence, chaque gémissement, devient un cri existentiel. Dans la maison, la caméra rampe, s’infiltre dans les coins sombres comme une pensée parasite. Les longs travellings font du décor un piège mouvant où la peur se fabrique dans l’attente.

Tout vacille. Les vieilles cassettes du grand-père distillent une sagesse morbide sur l’art d’empailler les morts. Todd, déjà à un pied dans la tombe, regarde ces bandes avec la ferveur d’un disciple. À force d’absorber l’image, il devient lui-même un échantillon en sursis. Indy, témoin impuissant, sent les murs respirer, les arbres murmurer, le réel se fissurer. Il flaire des présences ou peut-être simplement les vapeurs d’un corps malade. À ce stade, même le spectateur ne sait plus si les goules existent ou si tout sort du cerveau paniqué d’un chien aimant.

Le film s’amuse à brouiller les pistes, à manipuler le spectateur comme on dresse un animal. Un bruit ? On sursaute. Une ombre ? On tremble. Puis l’on rit, nerveusement. Good Boy ne cherche pas tant la terreur frontale que la contamination : il vous enfonce doucement dans la psychose du meilleur ami de l’homme jusqu’à ce que la loyauté elle-même devienne un poison. La mise en scène, portée par une photo plutôt rusée, enveloppe tout d’une lumière sale et d’un air humide. Le montage, lui, pulse au rythme d’un cœur de chien affolé.

Certes, le film n’évite pas quelques longueurs. Son crescendo s’étire, son minimalisme tourne parfois en rond comme un labrador enfermé dans une cuisine trop petite. Mais quand vient le dernier acte — cavalcade viscérale où Indy tente désespérément de sauver son maître des démons — la pellicule s’enflamme enfin. L’instinct prend le dessus, la raison s’effondre, et la peur devient amour.

Ce qui fascine, c’est la noblesse de cet animal. Son regard, pur comme un feu de camp, transcende la mise en scène. On le sent comprendre sans mots, affronter sans haine, aimer sans calcul. Dans un monde où tout pourrit, il reste la seule âme droite, la seule conscience encore capable de foi. Et c’est bien là que Good Boy touche à l’universel : le vrai cauchemar, pour un chien, ce n’est pas la mort, ni les fantômes. C’est la perte de son maître.

Il est vrai, Good Boy aurait pu n’être qu’un gadget, une curiosité de festival (ce qu’il est probablement), un os à ronger pour amateurs de séries B. Mais sous sa peau de film modeste, il cache une tendresse brutale, un désespoir animal qui vous poursuit bien après le générique. À la fin, Todd tousse, Indy aboie, la maison respire. Le monde s’effondre peut-être, mais l’amour, lui, reste fidèle. Et ce chien, ce héros silencieux, a bien mérité sa friandise, et nous, une caresse de cinéma.

10 octobre 2025 en salle | 1h 13min | Epouvante-horreur, Thriller
De Ben Leonberg | Par Ben Leonberg, Alex Cannon
Avec Shane Jensen, Arielle Friedman, Larry Fessenden

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