[INTERVIEW BI GAN ET JACKSON YEE] Le réalisateur et l’acteur de « Resurrection » nous parlent de cinéma-rêve au Festival de Cannes 2025

C’était la séance en apesanteur du Festival de Cannes. Resurrection nous a transportés à travers le XXe siècle et l’histoire du cinéma pendant 2h30. Une séance inoubliable, qui nous laissait à la fin en lévitation et interrogateurs. Qu’avons-nous vu ? Est-ce du cinéma ou bien un rêve ? Il nous tardait d’en discuter avec le principal concerné, le réalisateur Bi Gan, accompagné de son acteur principal, Jackson Yee.

De tous les films vus à Cannes cette année, le vôtre est le plus iconoclaste. La narration en segments de Resurrection, aux antipodes du classicisme, a-t-elle pour but de donner au spectateur l’impression de rêver ?
Bi Gan : Justement, notre objectif principal était de réaliser une œuvre différente des autres. Votre ressenti est exact, le but du film est de ressembler à un rêve.

Resurrection fait référence à différents styles et genres de l’histoire du cinéma, ainsi qu’à quelques films précis comme Le Samouraï de Melville ou La Dame de Shanghaï d’Orson Welles. Avez-vous écrit le scénario du film en vous basant sur des références en particulier, ou bien ces références se sont-elles ajoutées plus tard au récit ?
Bi Gan : Dans un premier temps, il y avait la structure, les scènes principales et le style général du film. Ensuite, en fonction des discussions continues avec les comédiens, le film a évolué. Les détails et les références se sont ajoutés au moment du tournage. Nous avons ajusté le script au fur et à mesure.

Jackson Yee incarne dans chaque segment de Resurrection un monstre ou une figure clef de l’histoire du cinéma. Comment s’est déroulée la collaboration avec Bi Gan pour interpréter ses différentes variations du personnage ?
Jackson Yee : À peu près la moitié des rôles (un rôle par chapitre) a été décidé en amont avec le réalisateur. Le reste des rôles a été établi en fonction des scènes tournées, parfois le jour même sur le plateau. La collaboration avec Bi Gan se fonde surtout sur des échanges et discussions continus au moment du tournage. Le film était en constante évolution.

C’est étonnant, car le film paraît également très technique. Il y a notamment un plan-séquence impressionnant qui ne laisse aucune place au hasard. Diriez-vous que votre travail est le fruit d’un équilibre entre technique extrême et improvisation ?
Bi Gan : Effectivement, la combinaison de l’improvisation et de la technique caractérise mes films. Ils sont préparés de manière très rationnelle et rigoureuse, avec beaucoup de préparation et de détail. Mais au cours du tournage, on cherche quelque chose de plus, une sensation (un feeling). C’est le résultat final qu’on recherche, mais le processus pour y arriver est très technique et détaillé. J’ai un ami qui m’a raconté sa visite chez un vieil homme spécialiste des lentilles et des caméras. C’est quelqu’un de très technique. Mon ami lui a demandé quel est son secret pour aussi bien manier la caméra. Le vieil homme lui a répondu uniquement : le feeling. Sa réponse a surpris mon ami, qui s’attendait à ce que le vieil homme lui parle des paramètres techniques à respecter.

Sur le titre du film en lui-même, Resurrection, fait-il référence à une renaissance du cinéma ? Ou bien cela se rapporte-t-il uniquement au personnage principal ?
Bi Gan : C’est plutôt comme vous l’avez dit, la beauté du cinéma que je voudrais faire renaître. Pas forcément refaire les grands films de l’époque, mais davantage en faire ressentir la beauté générale. À mes yeux, les films d’aujourd’hui sont moins intéressants que par le passé. Le titre du film cherche à incarner cette recherche de la beauté du cinéma.

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