Après Léa Drucker en sauveuse de l’hôpital public mercredi soir (L’intérêt d’Adam en ouverture de la Semaine), voici Léa Drucker en intransigeante enquêtrice de l’IGPN, la police des polices, pour la première entrée française de cette Compétition. Le dossier 137 en question concerne un cas fictif qui a tout du réel : en décembre 2018, un apprenti électricien de 20 ans est gravement blessé à la tête par un tir de LBD dans une artère des Champs-Élysées. Stéphanie Bertrand (Léa Drucker, qui est de toutes les scènes) est chargée de déterminer si les flics de la BRI, qui plaident la légitime défense, ont outrepassé leurs fonctions. Le film épouse alors un double mouvement très similaire à celui entrepris dans La nuit du 12 : faire la lumière sur ce qu’on appelle poliment une « bavure » en insistant sur les dilemmes moraux qu’engendrent souvent les faits divers + montrer les coulisses de l’institution policière, ses rites, ses passe-droits, sa perte sensible de légitimité dans les études Ipsos (trois ans après le Bataclan, l’image des flics est alors sacrément écornée par l’épisode Gilets Jaunes, une disgrâce pour le moins spectaculaire comme dirait Brice Teinturier).
Pas de doute, nous sommes dans un film dossier méticuleusement agencé, uniquement conduit par une volonté d’auscultation rigoureuse des faits (ce dont viennent attester de très nombreuses scènes d’interrogatoires – une figure de style de plus en plus mollienne – dépouillées de toute musique et de sound design), comme si le film avait à cœur de ne pas trop laisser entrer les émotions. Ce que le visage tout en rétention de Léa Drucker porte évidemment très bien : on pourrait dire que l’austérité jusqu’au-boutiste de Dossier 137 est à la fois sa force et sa faiblesse, tant elle donne l’impression d’une copie spectaculairement bien rédigée, mais qui n’autoriserait pas la moindre semi-rature dans la marge. C’est plutôt paradoxal, car de réels « moments de vie », tel ce running gag autour des vidéos de chats sur internet (qui rendent totalement gaga la grand-mama), font mouche et jouent parfaitement leur fonction de contre-point. Mais l’application forcenée de l’ensemble, combien même son propos serait extrêmement critique à l’encontre du corps policier, engage le film dans une certaine retenue formelle qui engonce le spectateur dans son siège. Un contraste d’autant plus saisissant que lors de la projo presse, un journaliste a applaudi à chaudes mains dès qu’il a entendu les 4 lettres du mot ACAB. On ne sait pas si pareil déraillement était autorisé lors de la projection noeud-pap au Grand Théâtre Lumière…



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