« L’aventura » à l’ACID à Cannes 2025 : le film le plus radical et le plus mélancolique de Sophie Letourneur

Entre Voyage en Italie et Divorce à l’italienne, Sophie Letourneur a montré hier soir le volet intermédiaire de sa trilogie cinéphilo-transalpine, L’Aventura. Dépossédé de son double V depuis sa projection houleuse ici même à Cannes 1960, le film d’Antonioni racontait l’ennui et le sentiment de vide inhérent à la vie moderne : la version de Sophie Letourneur, remplie jusqu’à ras bord de dialogues à peine commencés et de cadres serrés où l’horizon ne perce jamais – film de vacances, mon œil ! – raconte plutôt l’inverse : la profusion et la cacophonie ambiante propre aux désirs vacanciers. Le brouhaha ainsi ébauché prend la forme d’un road trip en Sardaigne, dans un récit éparpillé entre 4 personnages écartelés façon Ravaillac, qui aimantent tour à tout le centre de gravité narratif : au couple Sophie et Jean-Phi, déjà esquissé dans l’opus précédent, viennent s’ajouter Claudine (11 ans) et un môme en bas âge dont les incessantes défécations viennent marquer l’empreinte odorante du film (un adorable personnage appelé Raoul). Au milieu de ce losange hyperactif, un dictaphone qui permet d’évoquer le déroulé de ces vacances, comme si celles-ci appartenaient déjà distinctement au passé, avec en ligne de mire un hypothétique film de famille : souvenirs sur pellicule qu’il est toujours plus facile d’esquisser que de terminer…

Choisissant assez radicalement de ne pas s’appesantir sur une intrigue, mais de raconter les petits riens qui transforment les vacances en imposante pompe à énergie vitale – wifi qui ne marche pas, désirs contradictoires des membres du petit clan, imprévus annoncés tardivement par un hôte Air B and B – le film de Letourneur peut désarçonner (les mots nous manquent un peu pour qualifier la structure narrative du film, qui suit délibérément un tempo TDAH). Sous la débrouillardise habituelle, il semble porter en lui quelque chose de plus mélancolique – étonnant travelling latéral pour épouser une balade matinale improvisée par Jean-Phi – et ne cesse de raconter l’histoire de quatre personnages qui s’aiment, mais qui à l’évidence, ne savent pas s’écouter. Les références à la mort et au suicide forment d’ailleurs l’horizon lointain du film, y compris dans la bouche des enfants, probablement responsabilisés trop tôt : on sait depuis le A bout de course de Lumet (1989) que c’est le prix à payer pour compenser le côté grands enfants des parents.

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