La séance de rattrapage : « El Fondo del Mar » (Damián Szifron, 2003)

Avant de se faire connaître mondialement avec Les Nouveaux Sauvages (2014) et Misanthrope (2023), Damián Szifron signait avec El Fondo del Mar, son coup d’essai. Un thriller psychologique aussi intense que méconnu.

Bienvenue dans la psyché tourmentée (ou pas ?) de Ezequiel (Daniel Hendler), un étudiant en architecture perfectionniste, introverti et secrètement rongé par une jalousie maladive. Son obsession pour Ana, sa petite amie, devient un véritable poison qui le pousse à suivre un homme qu’il soupçonne d’être son amant. Seulement, l’homme qu’il traque semble totalement indifférent à lui, comme s’il n’existait pas. Sa petite amie, apparaît de plus en plus distante, presque fantomatique. Et le monde autour de lui apparaît bien hostile désormais… Sans crier gare, Szifron déconstruit progressivement toute apparente rationalité. Au fil du film, le personnage de Ezequiel ne semble plus agir de son plein gré et l’on finit par se demander si ce qu’il vit est réel ou s’il se noie dans ses propres délires. Plans serrés, cadres déséquilibrés, lumières crues ou anormalement tamisées : tout est fait pour traduire visuellement le malaise et l’isolement mental d’un personnage englouti par sa propre névrose, jusqu’à toucher le fond de la mer (le sens du titre original), renvoyant à la chute finale aussi grotesque que tragique. Dans cette façon de filmer une identité morcelée, d’opposer le personnage principal au monde extérieur et d’instiller l’humour-malaise résultant du décalage, on pense évidemment à Roman Polanski (Le Locataire) jusque dans cette scène réellement étrange, justifiant à elle seule le visionnage, où le personnage Ezequiel discute avec sa petite amie, assis sur le lit, et en se penchant, soudain, aperçoit une main qui dépasse de dessous et récupère discrètement une paire de chaussures. Aucun effet tonitruant, juste un effet visuel simple et troublant filmé de façon à ce que l’on ne sache jamais avec certitude si ce qu’il voit est réel ou s’il s’agit d’une vue de l’esprit…

Les articles les plus lus

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

[LA FOIRE AUX TENEBRES] Jack Clayton, 1983

Au début des années 80, les studios Disney se...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!