Road-trip. Deux cousins juifs américains entreprennent un voyage en forme de retour aux sources. Direction la Pologne, où les deux compères marcheront sur les traces de leurs aïeux. Là-bas, ils rejoindront un groupe organisé. Il se pourrait cependant que les caractères bien trempés de certains créent des hauts et des « bas »…
Double casquette. Ce premier long de Jesse Eisenberg est intéressant à mettre en analogie avec un autre film d’acteur : The Brutalist de Brady Corbet. Si les ressemblances entre leurs deux œuvres ont vite leurs limites, on retrouve tout de même l’idée d’un récit-périple (intimiste ici), centré sur les liens historiques européens (la Shoah et la Seconde Guerre mondiale) qu’entretiennent les États-Unis avec leurs ressortissants. Cette idée sert de cadre où se déploient les failles et truculences des personnages. La mise en scène illustre cette polarité : d’un côté, des cadres urbains fixes, mais chatoyants, traversés par les harmonies de Chopin ; de l’autre, des travellings dynamiques lorsque nos héros interagissent.
S’affichant comme un buddy movie, l’humour du film naît du duo de personnages, classique mais efficace, que tout oppose. D’un côté, David, l’anxieux introverti et méthodique (Jesse Eisenberg) ; de l’autre, Benji, la pile électrique nerveuse et sans filtre, qui ne mâche pas ses mots (Kieran Culkin). Opposés lorsqu’ils se confrontent (ils portent tantôt un pull rouge et un pull bleu) mais complémentaires dans leurs conversations intimistes, ces deux caractères constituent le point fort du film : une dynamique aussi imprévisible que savoureuse, contrastant avec la visite guidée et rigoureuse du récit.
S’y ajoute un ton piquant, évoquant un Todd Solondz adouci ou un Mike White. Le rire naît ici du malaise et des remarques inattendues. Benji est l’élément perturbateur, plein d’une éthique excessive. Il met les pieds dans le plat, critiquant avec acidité et douceur les petites contradictions de chacun, pointant du doigt des incongruités, justifiées ou non, au sein de ce périple mémoriel. De fait, le film interroge l’hommage parfois complexé à l’Histoire, notamment lorsque la génération qui l’aborde (la troisième ici) s’en trouve éloignée.
Voici un film qui ne s’embarrasse pas d’être honnête, forçant la sincérité et assumant pleinement son intention. Au-delà des suspensions lunaires et des moments de crise, une intimité improbable se tisse dans les marges, lorsque nos héros se confient ou restent seuls. C’est le silence entre les lignes qui révèle la « réelle douleur » du titre : la maladie borderline suggérée de Benji, ou les moments de recueillement (la visite du camp, juste et solennelle, ou le pèlerinage dans une ancienne maison familiale). S’il manque peut-être une étincelle à l’ensemble (on regrettera une scène pivot marquante ou un climax plus affirmé), on appréciera néanmoins cette fine crête, cette délicatesse forte en contrastes, qui donne au long-métrage toute sa singularité.
26 février 2025 en salle | 1h 29min | Comédie dramatiqueDe Jesse Eisenberg | Par Jesse Eisenberg Avec Jesse Eisenberg, Kieran Culkin, Will Sharpe |
26 février 2025 en salle | 1h 29min | Comédie dramatique