« Presence » de Steven Soderbergh : pas les frissons de l’angoisse mais un point de vue original de fantôme

LES ETOILES DE LA REDAC

Gérard Delorme
Quentin Billet-Garin
Thibault Rivera
Romain Le Vern
Morgan Bizet

Il faut préciser d’emblée que si Presence peut se qualifier à la rigueur de film de maison hantée, il ne cherche absolument pas à terrifier. Son intérêt est ailleurs, et notamment dans le point de vue original que Soderbergh a choisi d’adopter : celui du « fantôme » qui habite le lieu où se situe l’action. Soit une maison vide, visitée par une famille apparemment prospère.

La mère Rebecca (Lucy Liu) est particulièrement motivée parce que la maison est proche de l’université où le fils aîné Tyler (Eddy Mayday), aura toutes les chances de réussir. La famille s’installe, et assez rapidement, le vernis craque : dans une position professionnelle acrobatique, Rebecca concentre toute son attention sur Tyler dont elle ne cherche pas à cacher qu’il est son préféré, tandis que le père (Chris Sullivan) essaie de garder le contrôle et de protéger sa fille Chloe (Callina Liang), introvertie et choquée depuis la mort soi-disant par overdose d’une de ses amies proches. Les choses se compliquent avec l’arrivée de Ryan (Wes Mulholland), un ami de Tyler, qui plaît beaucoup à Chloe.

À la différence du found footage utilisé dans Paranormal activity, où la caméra fixe (et donc passive) obligeait le metteur en scène à des contorsions laborieuses pour faire advenir des choses improbables dans le cadre, le champ des possibilités choisi par Soderbergh est plus vaste : ici, la caméra est active, pas seulement parce qu’elle peut se déplacer sans autre contrainte que les limites de la maison, mais parce qu’elle représente une entité qui va engager avec le spectateur une conversation dans un langage non verbal dont il va falloir apprendre les rudiments au fur et à mesure. En transmettant ce que l’entité voit et veut faire voir, la caméra suggère que celle-ci est douée d’autonomie, d’intelligence, de volonté et même d’empathie. Le procédé est donc bien plus qu’un gimmick, il est le moteur d’un récit qui débouche sur des développements inattendus. Il faut saluer le travail du vétéran David Koepp qui a écrit un script solide et impliquant, dans un registre qui ne lui est pas inconnu. Il en a profité pour glisser discrètement certains motifs comme les miroirs et les fenêtres qu’il avait déjà utilisés dans Hypnose (1999) et Fenêtre secrète (2004).

Tourné en trois semaines avec un appareil photo Sony, opéré par Soderbergh lui-même, le film ne montre que ce qui est utile, impliquant que l’«esprit» se met en veille lorsqu’il n’y a rien d’intéressant à voir. On oublie très vite le procédé, pour s’attacher aux personnages et à leurs petits tracas, jusqu’à ce que l’esprit se rappelle à notre souvenir en intervenant à diverses occasions. Parfois pour se manifester à qui il veut, parfois pour prévenir d’un danger, mais ses actions sont limitées et pas toujours comprises. Parfois, une spécialiste des phénomènes paranormaux est appelée à la rescousse, mais ses lumières sont vagues et sujettes à caution. C’est là où le scénario prend toute son importance, en jonglant avec les interprétations possibles, et en ménageant des fausses pistes avant qu’un dénouement dramatique ne révéle les véritables raisons de l’implication du fantôme.

Il ne faut pas s’attendre à un déferlement d’effets terrifiants, l’intensité étant générée par les actions des personnages. Rien de révolutionnaire, mais Soderbergh a su trouver un équilibre juste entre la forme et la substance, avec encore une fois l’aide précieuse de David Koepp qui avait précédemment écrit le script de Kimi, leur film de Covid (2022), et en attendant The insider (Black bag), qui marquera leur troisième collaboration.

5 février 2025 en salle | 1h 25min | Epouvante-horreur, Thriller
De Steven Soderbergh | Par David Koepp
Avec Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang
l ne faut pas s’attendre à un déferlement d’effets terrifiants, l’intensité étant générée par les actions des personnages. Rien de révolutionnaire, mais Soderbergh a su trouver un équilibre juste entre la forme et la substance, avec encore une fois l’aide précieuse de David Koepp qui avait précédemment écrit le script de Kimi, leur film de Covid (2022), et en attendant The insider (Black bag), qui marquera leur troisième collaboration."Presence" de Steven Soderbergh : pas les frissons de l'angoisse mais un point de vue original de fantôme
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