STRANGER THINGS : DISSECTION CHAOS DE LA SÉRIE DE L’ÉTÉ

Disponible sur Netflix depuis le 15 juillet dernier, STRANGER THINGS a déchainé les passions à la faveur de l’été. CHAOS REIGNS a demandé à l’écrivain JEREMY FEL, aux journalistes ROMAIN BURREL & FREDERIC FOUBERT et au blogueur JEREMIE MARCHETTI ce qu’ils pensaient de la série créée par Matt et Ross Duffer.

Point de vue / Jérémie Fel
« Strangers Things, succès surprise de l’été, prend très vite des airs de bon vieux doudou retrouvé au fond d’une malle, aussi immédiatement agréable au toucher et émouvante par les souvenirs eighties qu’elle ravive; bel objet vintage et nostalgique de l’âge d’or d’Amblin, tentative tout à fait réussie de retrouver l’essence même des films, dessins animés et jeux de rôles qui ont bercé l’enfance de ses créateurs, et accessoirement la mienne.
Alors non, les Duffer Brothers n’inventent pratiquement rien et recyclent pratiquement tout (du moins dans cette première saison), non ils ne cherchent pas à révolutionner le monde de la série TV, ni à nous clouer au fauteuil par des prouesses scénaristiques jamais vues… Ce qu’ils proposent en revanche, à travers ces huit épisodes diablement addictifs, n’est ni plus ni moins qu’un vibrant hommage à tout un pan de culture geek, projet en soi particulièrement casse-gueule, mais qui pourtant tient debout tout du long, tant on prend un malin plaisir à avancer en terrain pourtant connu, parsemé de références et de clins d’œil si facilement identifiables. Toutefois, les deuxshowrunners ne nous prennent pas pour autant pour des buses et parviennent à donner à leur projet une belle unité, et il faut bien le dire, une âme, quelque chose d’impalpable qui transcende ce qui aurait pu n’être qu’une sorte de collage maladroit et vain. Alors, au lieu de déplorer tel ou tel manque de créativité, il faut juste savoir dans quoi on met les pieds et ne pas demander à une œuvre volontairement mainstream des ambitions qu’elle n’a pas.
On y suit donc les aventures d’une bande de gamins déjà plus ou moins marginaux dans leur propre école, qui, montés sur leur BMX, essaieront par tous les moyens de retrouver l’un des leurs, disparu sans laisser de traces, et ce tout en tentant d’en protéger une autre, d’abord intruse dans leur petit cercle et possédant d’étranges pouvoirs télékinésiques…Sauf que, contrairement à E.T, auquel on pense évidemment, cette fois ce ne sera pas pour l’aider à retourner dans sa «maison», mais au contraire pour lui permettre d’échapper à ceux qui veulent l’y ramener…
Dans Stranger Things, les parents sont souvent aussi aveugles qu’interchangeables, les méchants unilatéralement méchants, les jeunes filles amoureuses des mauvais garçons (sauf que…), les flics un peu gauches et déprimés; il y a des petits caïds de cours d’écoles, une bonne copine complexée, des scientifiques froids comme la glace, et tout cela forme un divertissement (non ce n’est pas un gros mot) particulièrement efficace et généreux, mixant à tout-va amours adolescentes, amitiés indéfectibles, disparitions étranges, conspirations obscures, monstres effrayants et autres mondes parallèles où vous ne passeriez pas vos prochaines vacances… On connaît tout ça, on a déjà vu ça mille fois, mais ici ça fonctionne vraiment, parce que c’est fait avec cœur, presque au premier degré et sans une once de cynisme, à l’inverse de tous ces blockbusters, suites et reboots à gogo qui inondent nos écrans depuis quelques années… On vibre avec nos héros en culottes courtes ainsi qu’avec cette mère un peu folle qui sait au fond d’elle que son fils est toujours vivant quelque part ; on se surprend à passer par des émotions très différentes en seulement quelques plans ; on revoit nos propres enfances défiler à toute allure, quand, face à nos vieilles Telefunken, on rêvait nous aussi de nous envoler dans les airs à vélo grâce aux pouvoirs d’un petit extra-terrestre aux doigts extensibles… Et puis il faut dire que ces gamins sont tous assez attachants (mention spéciale à la magnétique Millie Bobby Brown), que la musique, très atmosphérique et rappelant le travail de Cliff Martinez pour Refn, s’allie parfaitement aux images (ce générique!), et que oui, bon, même si elle est crispante à souhait (mais aussi au fond très touchante), ça fait du bien de revoir Winona Ryder dans un rôle important… Et puis surtout, on les sent les années 80, on les voit, la reconstitution est minutieuse et sans accrocs, rien n’est ripoliné, cet esprit «so eighties» est parfaitement rendu et ne sonne jamais faux…
Si on veut chipoter, on notera peut-être quelques petits passages à vide en deuxième partie de saison, mais l’épisode final, particulièrement intense, rattrape le tout et ouvre vers d’autres mystères, plus insidieux, si bien qu’on en vient à espérer que, tout en gardant le charme fou de leur nouveau bébé, les deux frangins ne se reposeront pas trop sur leurs lauriers quand ils attaqueront une deuxième saison déjà commandée par Netflix, quitte à cette fois nous emmener sur des chemins qui ne seraient pas tracés par d’autres ; toute cette petite bande, qu’on a vraiment hâte de retrouver dans de nouvelles aventures, le mérite amplement, et il nous tarde déjà de voir comment ils grandiront. Et puis il est bien évident que, quand reviendront les sempiternelles fêtes de fin d’année, nous ne regarderons plus nos guirlandes électriques de la même façon… »

Un café, l’addition.
« The Goonies + Poltergeist + Stand By Me + It + Under The Skin + E.T + John Carpenter + Donjons et dragons + Carrie + Dean Kotz + Nuit d’été + X Files + Alien + Shining + Altered States »

Point de vue / Romain Burrel
« Dans le deuxième épisode de Stranger Things, Il y a une scène où Jonathan (Charlie Heaton) fait découvrir à son petit frère Will (Noah Schnapp) la chanson Should I Stay or Should I Go du Clash. Cette scène de transmission entre frères me touche beaucoup. Je ne connais rien de plus intime que de partager la musique avec quelqu’un qu’on aime. Famille, ami, amour ou amant. Plus jeune, je me souviens avoir moi-même fait des pieds et des mains pour éloigner ma sœur des Spice Girls et lui faire découvrir des groupes de filles que je jugeais un peu plus conséquents comme Hole, 4 Non Blondes, les Runaways…
On découvre Will et Jonathan de dos, assis sur le lit, devant une chaîne Haute-Fidélité qui crache le hit des Clash et après avoir vaguement parlé de rock, ils évoquent leur père. La musique les entoure, les protège et leur sert de catalyseur. Elle sanctuarise cet instant et permet un autre degré d’intimité: parler de ce père démissionnaire qui devrait justement passer ce genre de moments avec son plus jeune fils ; et épargner au plus grand la tâche de tenter de le remplacer.
Les Duffer Brothers le savent, la musique installe le spectateur dans une époque plus sûrement qu’une coupe de cheveux ou qu’un modèle de voiture. Et le groupe de synth pop S U R V I V E, qui a composé la BO de la série, a fait un excellent travail. Au départ, je trouvais que leur son surlignait trop lourdement la référence aux années 80 déjà défendue dans l’esthétique de la série et les dizaines de clins d’œil aux films de cette décennie qu’on a tous remarqué. Un travers qui m’agaçait déjà dans le Drive de Nicolas Winding Refn. Mais au final, je la juge plutôt économe et habile. Et même assez élégante. »

Point de vue / Frédéric Foubert
« Un hommage aux prod’ Amblin des années 80 était a priori la dernière chose dont on avait besoin, non? Ça fait dix ans qu’on baigne là-dedans et, à mes yeux, Super 8 a tout dit sur le sujet. Mais j’aime bien dans Stranger Things l’idée du best-of géant, XXL. La folie compilatoire. L’aspect Kill Bill du truc. Ce n’est pas un cocktail fabriqué à partir d’une ou deux madeleines (genre Starman meets Stand by me, ou Explorers multiplié par Altered States) mais une addition de… TOUT. Comme si les films de Spielberg et Carpenter étaient la grammaire universelle, l’alpha et l’oméga, le seul langage connu. Ce n’est pas une visite au musée, mais une vraie traversée du miroir. Ça donne à la série un côté terminal. Et ça aurait été beau que Stranger Things soit le point d’orgue de cette vogue de nostalgie 80’s, qu’on tire le rideau après ça. Le problème est que son triomphe va entraîner plein d’autres hommages, encore plus de rip offs. J’en sors du coup avec des sentiments contradictoires. Ça me déprime d’entendre le producteur du remake de IT teaser son film en le comparant à Stranger Things. La pop culture continue de se mordre la queue… »

Un café, l’addition
« Je vais forcément en oublier…
Disons Rencontres du troisième type + E.T. + Les Goonies + Explorers + Stand by me + Poltergeist + Charlie + The Thing + Alien + Au-delà du réel + Beetlejuice + X-Files + Minority Report + Under the skin… Ma préférée de toutes, c’est ALL THE RIGHT MOVES (L’esprit d’équipe), le teen-movie avec Tom Cruise sorti juste après Risky Business et qui passe au cinéma du coin. Ça m’a donné envie de le télécharger direct. Enfin un film des années 80 que je n’ai pas vu! »

Point de vue / Jérémie Marchetti
« Il y a toujours quelque chose d’assez amusant à voir une série comme Stranger Things devenir culte en aussi peu de temps, la clef de son succès tenant aussi bien dans son support de diffusion (Netflix et son imparable bingewatching) que la manière dont il brasse plusieurs publics (ce n’est ni un show pour adultes, ni pour enfants, ni pour ado, mais tout ça à la fois). Sauf qu’il faut se rendre à l’évidence: il y a littéralement zéro idées dans ce capharnaüm eighties. Parce que trop obsédé à réutiliser des archétypes, à coller des affiches sur les murs ou à glisser des citations dans la bouche de ses personnages, à reprendre des plans entiers de films cultes… Assez mou en plus de ça (comment être surpris par ce qui n’est plus surprenant?), Stranger Things synthétise – sans le vouloir – toute une nouvelle génération occupée à vouloir ressusciter la précédente: la nostalgie, sauveuse du monde. Alors parfois oui, mais très souvent non (hélas). On se réserve tout le même le droit d’attendre une saison 2 peut-être plus surprenante (on rêverait de voir autre chose qu’un monstre moche en CGI) et de garder en mémoire l’incroyable Millie Bobby Brown, créature fêlée et androgyne bien plus inspirée et touchante que les silhouettes se bousculant autour d’elle (on aime bien Winona au bout du rouleau aussi). »

Un café, l’addition
« Pour la recette on prend 3 verres de Stephen King (IT x Stand By Me x Firestarter), une cuillère à soupe de John Carpenter (The Thing x Halloween), tout un saladier de Steven Spielberg (E.T x The Goonies x Poltergeist), 5 cuillères à café de Joe Dante (Gremlins x Explorers) et puis tant qu’à faire quelques pincées séries creepy/kids de la fin des 80’s (Eerie Indiana X Fais-moi peur) = Strange Machin. »

Les articles les plus lus

« Plus forts que le diable » de Graham Guit : violemment has-been

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils...

« Silver Pines » : une bande annonce de gameplay pour ce Twin Peaks en jeu vidéo qui fait parler la poudre

Distribué par l’éditeur Team17, bien connu pour son copieux...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!