#CANNES2017 : PALME DU PLAN À TROIS À LA SEMAINE DE LA CRITIQUE

0
982

Présentés en séance spéciale à la Semaine, un trio de superbes courts-métrages signés Carlos Conceição, Yann Gonzalez et Caroline Poggi & Jonathan Vinel dévergondent joliment la Croisette avec leurs histoires de désir et de frustration. Palme du plan à trois.

«Ouvrons le bal avec Mauvais Lapin, sorte de conte pour enfant dans sa version portugaise SM. Le jeune héros porte en permanence un énorme scalp de lapin sur la tête. Normal. Sa sœur est très malade mais aussi très horny. Elle veut du sexe, et c’est son Donnie Darko de frangin qui va lui procurer en allant taper du côté du gigolo de leur mère. Classique. Tout s’achève dans une langoureuse scène de fesses, où la mort et la bienséance sont conjurées dans l’inceste et la bonne humeur, et avec des masques de loup en cuir s’il vous plait. Bref, c’est un peu du Tex Avery queer sous LSD, à la moiteur contagieuse.

Dans Les Iles aussi il y a du désir et de la frustration. Avec la sophistication de dandy qui le caractérise, Yann Gonzales construit un enchâssement onirique de scènes d’amour physique pour dire l’isolement et la misère affective. Un couple homo se chauffe sous le regard de mateurs tapis dans les bois, tandis qu’une fille les enregistre. Ailleurs, dans une chambre, un couple hétéro est interrompu en pleine baise par un personnage au visage ravagé, lambeau de chair lynchien et monstrueux pourtant invité à la partie de jambes en l’air avec générosité, devant ce qui s’avère être un public de théâtre. Ces mises en abîmes forment une myriade d’îles sentimentales, un archipel de solitudes dans lequel chacun cherche à prendre son pied en se tournant vers le voisin, nourrissant ainsi la libido de l’autre dans une chaîne désirante continue.

After School Knife Fight calme un peu le jeu, niveau libido, sans perdre en puissance. Au contraire. Il est moins question de sexe que de rétention affective, de pudeur et de non-dits dans le court Caroline Poggi & Jonathan Vinel. Laëtitia, Roca, Nico et Naël sont des post-ados comme les autres, plein d’incertitudes sur eux-mêmes et leur avenir. A leur sortie de cours, ils forment un groupe de shoegaze au nom tranchant. Mais eux sont doux comme des agneaux. Ils discutent avec douceur et concision. Le départ annoncé de Laëtitia leur met soudain des trémolos dans la gorge. Il donne une charge émotionnelle inédite à leur dernière répèt’ dans un terrain vague. On croirait un culte païen ancestral menée par des druides juvéniles au sérieux de pape. Un gouffre de larsens apocalyptique s’ouvre sous leurs pieds, et les nôtres, laissant au film s’élever patiemment vers son logique crescendo en forme d’incantation crépusculaire et triomphal, où l’amour vient se cogner à l’amitié dans un vibrant chant du cygne de l’enfance. Sublime.» E.V.

Séance spéciale courts métrages, à La Semaine de la Critique

Mauvais Lapin de Carlos Conceição

After School Knife Fight de Caroline Poggi & Jonathan Vinel

Les îles de Yann Gonzalez

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici