Quand l’horreur est bonne. À l’aube d’une nouvelle tournée mondiale, la star de la pop Skye Riley se met à vivre des événements aussi terrifiants qu’inexplicables. Submergée par la pression de la célébrité et devant un quotidien qui bascule de plus en plus dans l’horreur, Skye est forcée de se confronter à son passé obscur pour tenter de reprendre le contrôle de sa vie avant qu’il ne soit trop tard.
The Substance pour les TikTokeurs. Parfois, il faut savoir être patient. Avec une série, avec un film, tout peut être question de temps pour que la tartine tombe du bon côté. Smile 2 fonctionne ainsi: on arrive devant un peu dubitatif après un premier épisode dont la bonne tenue ne suffisait pas à faire oublier qu’il était un plagiat du It Follows de Mitchell, on s’y engouffre, pas tout à fait convaincu par une première partie qui alterne entre le brossage d’un nouveau portrait peu subtil d’une femme et de ses traumas et un enchaînement de jumpscare qui ne l’est pas plus, et on en ressort finalement le sourire aux lèvres face à un drôle d’objet chaos. Alors, quel numéro ce Smile 2 a-t-il bien pu nous jouer pour faire à ce point de nous les dindons de sa macabre farce?
Il faut tout d’abord bien dire que si l’histoire de Skye Riley, popstar en reconquête de sa célébrité après avoir traversé une mauvaise passe, ne semble de prime abord pas bien passionnante, le traitement formel subit, lui, une immédiate montée en gamme par rapport au premier volet. Scène d’introduction très bien foutue qui donne lieu à un plan-séquence d’une dizaine de minutes assez impeccable (en plus d’évacuer tout de suite une des portes de sortie les plus logiques que la mythologie du précédent film avait entrouverte), sens du montage très original avec de nombreux raccords dissonants, et bonne utilisation de la partition du brillantissime Cristobal Tapia de Veer (The Third Day, dont l’épisode live de 12 heures, c’est lui)… Parker Finn a pris du galon, c’est indéniable. Et si l’on ne se lève pas tout de suite de son siège pour crier à la réussite, c’est que l’ensemble fait mine de s’embarquer vers un programme assez classique du genre, dans lequel Skye va chercher un moyen de briser la malédiction entre deux numéros musicaux dont on n’a pas grand-chose à faire.
La vraie et bonne surprise, c’est que Parker Finn travaille en réalité dans l’ombre, et révèle petit à petit un programme bien plus déconcertant que les enchaînements de rictus auxquels on se préparait. Établissant un jeu de regards entre la star et son public (potentiellement tout le monde, ce qui colle parfaitement avec le fonctionnement de la malédiction), le film construit une angoissante cage dorée autour de son héroïne, captée dans sa solitude face à la foule, dans son obligation de garder la face et le sourire en toute circonstance. Dans un monde obsédé par les vues, la viralité et l’égo-trip, Skye Riley devient une Miley Cyrus prise à son propre piège. Et si Parker Finn réussit autant son portrait, c’est qu’il le fait avec les codes et les outils de la starification de son personnage principal, TikTok en tête. Reprenant certaines tendances que l’on peut trouver sur la plateforme ou dans des reels Instagram, en leur ajoutant un aboutissement dans le gore qu’une simple vidéo ne pourrait pas se permettre, le réalisateur transforme son film en un laboratoire d’expérimentations formelles. Naomi Scott, super scream queen dont on n’oubliera pas de sitôt les expressions faciales choquay, s’y trouve ballottée dans un flottement nébuleux, jamais vraiment là, perdue dans des limbes qui font refouler le passé et délirer le futur. Parmi ces séquences, on retiendra notamment une géniale scène de « un, deux, trois, soleil », que l’on imagine bien Finn avoir prototypée à l’iPhone.
L’enchaînement de séquences monte en puissance jusqu’au dernier segment tout à fait hallucinant et hautement onirique, qui envoie valdinguer toutes les pistes de résolution du film pour laisser place à une fin nihiliste, qui sublime l’idée du regard développée précédemment (on ne révèlera rien, mais ça met un peu Trap en PLS). Piège à star, piège à influenceurs aussi donc pour lesquels le film semble à la fois étrangement calibré et bien trop bizarre pour susciter un engouement généralisé. En attendant, nous, on a le smile.
16 octobre 2024 en salle | 2h 12min | Epouvante-horreurDe Parker Finn | Par Parker Finn Avec Naomi Scott, Rosemarie DeWitt, Lukas Gage |
16 octobre 2024 en salle | 2h 12min | Epouvante-horreur