Passés maîtres d’un courant « easy listening » à la française, Air reste ce groupe de pop électronique nostalgique qui émergea en même temps que la french touch à la fin des années 90. Les méchants disent d’eux qu’ils font de la musique d’ascenseur, c’est mal les écouter, voire sous-estimer leur profondeur derrière la superficialité apparente de morceaux aussi simples qu’ils restent en nous.
Avec leur premier album Moon Safari en 1997, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin frappaient fort notre imaginaire adolescent (celui d’une chambre comme une autre) en citant comme influences les Beatles, Michel Berger, Mozart et Debussy, l’art d’« une musique harmonieuse et sans poids ». C’est exactement ça et ça calmait face au bug imminent de l’an 2000. Et par chance, M6 aimait bien ça. Le premier morceau dudit album aux allures de manifeste, à savoir Sexy Boy, était d’ailleurs diffusé en boucle le soir très tard pendant le Boulevard des clips. Une bizarrerie visuelle pour l’époque: clip en noir et blanc, personnage de petit singe perdu dans la grande mégalopole, accents de films de SF extra-terrestres d’un temps ancien.
Avec le recul, et même s’il fait office de bonne initiation à cette musique faite pour regarder les passants dans la rue et pour se protéger des agressions du dehors, cette ritournelle synthétique à l’origine composée par jeu n’est pas le meilleur titre du duo. Le meilleur alors? Peut-être cette Femme d’argent qui ouvre le bal de Moon Safari. Dans cette ballade désenchantée et contemplative, nimbée de coton, il y a un avant-goût de Virgin Suicides de Sofia Coppola, dont Air composera la somptueuse bande-son…



