« I’m the trouble starter, punkin’ instigator… » Quel choc à la découverte de ce morceau de The Prodigy. Comme à chaque morceau des prodiges, me direz-vous (première écoute de No Good, premier visionnage du clip de Smack My Bitch Up réalisé par Jonas Åkerlund, on en passe). Mix de beats puissants et de riffs violents, entre rock indus’ et big beat, on est en terrain conquis.
Avec la voix hargneuse de Keith Flint posée sur le grind menaçant de breakbeats et de samples finement élaborés du producteur Liam Howlett, ce Firestarter dispensait la salve audacieuse du groupe anglais au-delà de la scène rave et dans le monde de la musique au sens large. Le titre est sorti en 1996 et à une époque sans Internet, les adolescents de banlieue, qui n’avaient pas le Virgin Megastore en bas de chez eux, ont simplement découvert ce morceau travers une mythique compilation intitulée Distance to technoland, accompagnée d’un documentaire diffusé sur Canal+ à cette même période (et visible ici). Firestater des Prodigy était le premier morceau et il nous proposait façon boule de flipper sous acide dans une autre galaxie.
Face à l’uniformisation de la musique menacée par les cahiers des charges des radios et de MTV, les Anglais de Prodigy avaient quelque chose de salvateur, de libérateur pour les jeunes du monde entier (et principalement d’Amérique), avides de quelque chose de nouveau et d’authentiquement menaçant. Alors que la collision sonore du morceau alimentait l’énergie angoissante, c’est le clip austère en noir et blanc qui a vraiment vendu la chanson, en particulier aux États-Unis. À nos yeux, aux yeux du monde pas encore ultra-connecté, Keith Flint incarne un Sid Vicious en puissance. Image obsédante de lui dans un tunnel, avec une chemise qui rappelle le drapeau américain et fait couler de l’encre par sa simple présence agressive, tandis que Howlett fixe stoïquement à l’arrière-plan. Le groupe avait transformé son son et son image en un reflet de ce qui manquait à la culture musicale grand public: plus grand que nature, passionné, en colère, à la fois grotesque et beau – tout ce qu’il faut pour créer une véritable sensation.
Firestarter s’est retrouvé sur l’album The Fat of the Land sorti le 30 juin de l’année suivante (1997), soigneusement rangé entre Dig Your Own Hole des Chemical Brothers (1997) et You’ve Come a Long Way, Baby de Fatboy Slim (1998). Et à écouter à fond, pour toujours!



