Culte des années 90: Ice Mc – « Take away the colour »

Comment peut-on parler d’Eurodance sans commencer d’emblée par ICE MC, cet anglais d’origine jamaïcaine aux tresses noires qui a dû faire tous les Dance Machine réalisés par Anne Dor avant l’arrivée de ces ordures de boys’band, des années-lumière avant Kazaa? Dans la vie de tous les jours, Ice Mc a un prénom et un nom comme vous et moi. En vrai donc, Ice Mc s’appelle Ian Campbell. Il faut vraiment retenir trois tubes immanquables chez lui: Take away the colour (les deux versions!), Think About the Way et It’s a rainy day.

Ice Mc, la première fois qu’on a entendu parler de lui, nous les accros au Dance Machine et au Hit Machine avec Ophelyyy, c’était au tout début des années 90, à l’époque dorée du Dance Machine Gold (ça ne s’invente pas) avec le tube Easy (et son refrain «So Easy-Easy-Easy to remember»), sorti en 1989 et qui a marqué sa première collaboration avec le très roublard producteur italien Robyx. Tout ça pour dire qu’avec Black Box, Ice Mc est devenu un des pionniers de l’Eurodance, à la fin des années 80.

En fait, Ice Mc a commencé sa carrière à cette période en Italie. Il a enterré l’italo disco, ou quelque chose comme ça. Et Easy, son premier morceau, a cartonné tout de suite. A tel point que les deux lascars (son producteur et lui) ont voulu faire la blague une seconde fois avec le très oubliable Scream qui était… juste une redite de Easy.

On veut bien qu’à cette époque, Lagaf ait été au sommet du top 50 avec un honteux décalque du French Kiss de Lil Louis (d’autres ont été pendus pour des méfaits plus graves), il n’en demeure pas moins que le fan d’Eurodance voit déjà la supercherie le narguer à des kilomètres. Même si, il est vrai, on en a bouffé des stars de l’Eurodance qui ont décalqué leur précédent hit. Pas mieux avec le single suivant de Ice Mc: Ok Corral. C’est plus rythmé que les deux précédents mais ça annonce une catastrophe atomique (Cotton Eye Joe de Rednex), c’est totally has-been et ça n’a aucune envergure… Ice Mc fera mieux avec Sinema (si-si-si-sinema) où notre ami cite plein de gens connus avec un air cool, de Sean Connery à Clint Eastwood, de Sean Penn à Whoopi Goldberg (ah ouais quand même). Son tube est aussi crétin que du Fun Factory/Outhere Brothers grande époque (96-97). Il se trouve que ça a bien marché pour lui avec ce titre… Titre qui deviendra celui de son premier album.

Pas encore de Bom-Digi-Bom-Bom-Digi-Bom-HEY-HEY encore. C’est pour bientôt. En attendant faudra se cogner un deuxième album très raté: My world: the early songs, dont on connaîtra et on oubliera People, inaudible à ce jour (imaginez du Jimmy Cliff au ralenti et les pires effets de signature du début des années 90).

Puis vient cette année de grâce: 1993, et la naissance d’un tube planétaire. Oubliez les Beatles. Envolés les Rolling Stones. La bombe de cette année, c’est Take away the colour, dance trippante au bord de la mélancolie, refrain pop en or (genre élévation mentale direct), raggadance vénère, sous-texte engagé (le racisme, c’est mal) et surtout, enfin, UNE CHORISTE! Robyx lui trouve Simone Jay puis Alexia pour l’accompagner dans ses shows aux quatre coins de l’Europe. C’est avec cette dernière que le feeling passe le mieux et qu’il réalisera son prochain tube, Think about the way, très proche du précédent Take away the colour mais en encore plus fédérateur, en encore plus grand. Nous sommes au Dance Machine 3 ou presque. Et ce Mc s’avère au zenith. Le respect est total. Pour le teuffeur Eurodance, Ice Mc, ça devient Bob Marley. Comble de la consécration: le tube anti-drogue Think about the way figure même sur la BOF du Trainspotting, de Danny Boyle. IceMc ça devient hype. Même les frères jumeaux (mais siiiii les frères Noël) ne s’en sont jamais remis.

Fort de ce succès mondial, Ice Mc n’en cache pas moins sa résignation. Marre des Dance Machine et des Saturday Night. Notre ami suffoque dans cet univers toc, ne trouve pas de grands esprits comme lui et décroche tout doucement. Il se sent bien seul à se prendre la tête sur ce qu’il chante/raconte, à essayer une combinaison passionnante de surface fun et joyeuse et d’une substance plus engagée. Un peu déçu par le milieu, à la recherche des cerveaux dans la nuit noire des discothèques, Ice Mc retrouve l’inspiration suite à un drame personnel: l’assassinat de son meilleur ami dans les rues de Florence. Cette tragédie lui inspire un tube qu’il réalise en quelques semaines, enfermé dans un studio avec Alexia, sur lequel tout le monde danse (et a dansé) et se soule (et s’est soulé) : It’s a rainy day, un titre veugra tourmenté, presque angoissant, aux accents gothiques (ce clip très cheap et très zarb avec recalés de Fort Boyard et actrices porno peuchère).

Son album Ice an Green se situe dans cette même veine, profonde, derrière l’apparente frivolité/trivialité de l’Eurodance. On y parle racisme et sida, engagement politique. Le duo Ice Mc-Alexia marche d’autant mieux que cette dernière est totalement respectée par les fans d’Eurodance car contrairement à 90% de ceux qui manufacturent de l’Eurodance, elle chante pour de vrai, en live. Genre sa voix n’est pas ordinateurisée. Genre c’est pas comme le groupe Cappella.

Été 1995 : Ice Mc offre peut-être sa dernière merveille : Take away the colours, nouvelle version de son tube d’il y a deux ans, avec cette fois-ci la voix d’Alexia; ce qui fera la GROSSE différence. Comment dire sobrement ? C’est un tube cosmique, hallucinant, qui pourrait durer des heures et qui nous emmène dans une galaxie inconnue.

Par la suite, Ice Mc perdra Alexia et sans elle, c’est un peu le début de la fin. Ice Mc a tenté de nous faire croire à un nouveau 2 Unlimited. Mais Alexia est partie faire des duos avec d’autres (le Me & You qu’elle chantera avec Double You – la superstar Double You étant humilié, carrément crédité en featuring), puis a voulu embrasser une carrière solo (le sympathiquement rien The Summer Is Crazy même si un peu bon pour faire 40° degrés à l’ombre avec Vincent Perrot et Marie-Ange Nardi et un affreux Uh la la la tube des vacances du début des années 2000 – qui avait bien marché chez nous, auprès des sourds et des fans de Modern Talking, cela dit).

Première déconvenue : Ice MC en solo, le charme n’opère plus, la grâce s’est perdue. Notre Bob Marley se compromet avec un horrible Funkin’ with you, truc rappeux qui renoue avec les expérimentations foirées du début des années 90, au rythme lent, au discours pauvre ou convenu. « ???? » Indeed, personne ne comprend. À commencer par Robyx qui stoppe net la collaboration avec son poulain («Ma, tou fé dé la merdé, yé préfère Gala dé Henriii Bololo») et se focalise alors sur Alexia, sa nouvelle star. Les fans se disent, finalement, à juste titre, que toute cette période Eurodance, pour IceMc, c’était pas du sérieux.

Par pur opportunisme, Ice Mc va se rapprocher de Masterboy qui, eux aussi, perdent de leur superbe, abandonnés par Trixi Delgado, la leadeuse perverse, aussi sexy pour les mélomanes dégénérés des samedis soirs banlieusards solitaires qu’Ilsa pour les rats de cinémathèque (on y reviendra sur Masterboy). Ice Mc propose pour l’été 1996 un très poussiéreux Give Me the light – et très Masterboyesque pour le coup – qui a fait illusion en son temps et qui, en réalité, reposait sur de vieilles ficelles, de grosses facilités (clip Fort Boyard/actrices pornos etc.) Fin de la gloire.

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