Buddha-Barbet. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dénoncé en février le «nettoyage ethnique» dont sont victimes les Rohingyas et s’est alarmé de possibles crimes contre l’humanité commis par des soldats birmans – accusations rejetés par le régime. Aux côtés d’images amateurs des exactions contre les musulmans (maisons brûlées, lynchages…), d’images de propagande parfois très modernes sur fond de musique pop et diffusées sur internet, le documentaire trouve sa valeur unique dans les longs entretiens accordés au cinéaste par Ashin Wirathu, moine bouddhiste très influent prêchant la haine contre les musulmans dans ses discours…
Ambiguïté toujours. C’est ça qui est bien avec Barbet Schroeder: rien ne l’ennuie plus que le manichéisme; et, en cela, il est l’incarnation même du cinéaste moderne, échappant à l’étiquetage, soutenant une carrière guidée par une liberté extraordinaire. Soit, derrière le cinéaste discret, un homme formidablement humble, un idéal de l’homme occidental métissé, à cheval entre plusieurs cultures, intéressé par tout (l’Afrique, l’Amérique, le Japon), n’ayant jamais pris la moindre pose, n’ayant jamais frimé. Schroeder a toujours été fasciné par le mal, l’ambiguïté des êtres. Il fait partie de ces réalisateurs qui disent la vérité sur ce que nous sommes. Après le dictateur ougandais Amin Dada et L’avocat de la terreur Jacques Vergès, il poursuit ici sa «trilogie du mal» avec ce documentaire sur un influent moine bouddhiste birman prêchant la haine contre la minorité musulmane. Sa caméra enregistre ce qui se déroule au cœur de la mécanique anti-Rohingyas, la minorité musulmane de ce pays à plus de 90% bouddhiste. Tentant de décrire la façon dont les messages de haine peuvent, après infusion dans l’opinion publique, aboutir au pire, Schroeder dresse un parallèle évident entre la situation en Birmanie et la montée des discours antimusulmans dans le reste du monde. Et quand on dit «évident», c’est là où le bât blesse… Barbet Schroeder tire certes un documentaire passionnant mais seulement «passionnant», un poil didactique, un tantinet «Infographé», un brin bavard ne questionnant pas assez le poids des images et ne générant pas réellement l’impact complexe souhaité sur le spectateur. On adore Barbet et on lui dit merci pour tout ce qu’il a creusé pendant des décennies mais sur ce coup, on aurait bien vu un documentariste comme Joshua Oppenheimer (The Act Of Killing) s’emparer d’un tel sujet.

