« Monstres: L’histoire de Lyle et Erik Menendez » sur Netflix: violences ambiguës et vieilles recettes dans la nouvelle série de Ryan Murphy

Après la bonne surprise de Dahmer, Ryan Murphy remet le couvert pour sa 875890ᵉ série Monsters. Mais, là, surprise, pas de serial-killers dans les parages! Plutôt une affaire criminelle surmédiatisée du début des années 1990 ayant entraîné la mort d’un couple de vieux riches, assassinés par leurs propres fils, Erik et Lyle Menendez. À claquer l’assurance-vie et l’héritage, les deux frangins se sont fait attraper et frôleront la peine de mort: c’est leurs témoignages, révélant la cruauté abominable de leurs géniteurs, qui feront pencher la balance du procès. À la vue de tels faits, on suppute que Murphy aurait dû inclure l’histoire à son autre anthologie American Crime Story, allant jusqu’à faire un pont (pas très utile) à l’affaire O.J Simpson (qu’il avait justement déjà traité).

C’est à se demander si le gredin n’avait pas peur du doublon avec American Crime Story: The Assassination of Gianni Versace: l’approche bling-bling californienne et de nombreux motifs (le père immigré dont les abus créeront un tueur en manque d’amour et de réussite) y renvoient bon gré mal gré. Mais là où Versace lançait des paillettes avant de s’enfoncer dans une mélancolie sourde, ici la vulgarité reste de mise. Sa galerie de personnages pénibles (des deux frangins insupportables en passant par les protagonistes périphériques), son ton pop malvenu, son remplissage quasi-permanent (les clefs sont livrées dès le premier épisode, et il en reste huit…), la multiplicité des points de vue qui s’entrechoquent et parfois même s’annulent… Oui, on souffre, là où d’habitude la méthode Murphy a tendance à se laisser un peu de temps avant de dérailler.

Javier Bardem et Chloé Sevigny, les véritables «monsters» du show, grimacent et terrifient à leurs rares apparitions, et leur épisode, bien que brinquebalant, révèle des thématiques passionnantes: la monstruosité héréditaire et le cycle infernal des violences sexuelles intra-familiales. C’est là, tout comme l’homophobie d’état dans Versace, que le vrai thème de la saison apparaît. Mais aborder un sujet sensible et capital n’assure diablement pas une réussite immédiate. En pleine libération de la parole, on comprend que Murphy veuille encadrer un tel propos, quitte à le faire peu adroitement avec un épisode d’une demi-heure où Eric – en un seul plan – révèle tous les sévices sexuels qu’il a subi. Le geste a ce quelque chose de poseur, surtout au vu de ce qui l’entoure, qui réduit l’effort à néant. L’ambiguïté de la série et sa propension à charger la barque ne vont pas en sa faveur, et l’on ose à peine imaginer une fois que les concernés auront leur mot à dire. Cerise empoisonnée sur le gâteau: l’envahissante et permanente homo-érotisation des deux frangins dans une complaisance gratuite et gênante où Murphy semble oublier que ce qu’il filme n’est clairement pas de la fiction ou un porno de Mendotcom. Allez savoir si les raisons pour tourner ce feuilleton furent vraiment les bonnes…

Titre original: Monsters: The Lyle And Erik Menendez Story
Créée par Ryan Murphy, Ian Brennan
Avec Cooper Koch, Nicholas Alexander Chavez, Javier Bardem
Nationalité U.S.A.
En relation avec Dahmer: Monstre – L’histoire de Jeffrey Dahmer

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