Film venu d’une planète très et trop lointaine. Sept astronautes, accompagnés d’un singe, d’un chien et d’un myxomycète, sortent de cryogénisation à bord d’un vaisseau spatial. Ils ne savent pas pourquoi ils sont là, ni d’où ils viennent, ni où ils vont.
Chouette, de la SF en France… Ah merde, ça ressemble à un mauvais épisode de Cosmos 1999 Les frères Bogdanov n’ont jamais réalisé de long métrage mais s’ils étaient passés derrière une caméra, leur méfait aurait ressemblé à Cosmodrama, huis clos tourné dans un décor futuriste années 1970 où les personnages baragouinent un jargon du temps X. Un film d’autant plus encourageant sur le papier que son auteur Philippe Fernandez s’est pris de passion pour la science au début des années 90 en lisant Le Chaos et l’harmonie de Trinh Xuan!
Hélas, au bout de dix minutes, Cosmodrama a épuisé toutes ses cartouches, prototype du pseudo-film culte avant l’heure où les comédiens eux-mêmes sont assurés au moment de tourner la prise d’être les acteurs d’un futur classique à ranger parmi les grands chefs-d’œuvre chaos de l’histoire du cinéma français. Mais faire du cinéma chaos nécessite de la rigueur, de l’invention, de l’humilité, de la magie, de l’humour, du génie; tout ce dont Cosmodrama semble dépourvu. Et comme dirait Jean-Pierre Mocky, quand on a envie de faire un O.F.N.I. – expression par ailleurs interdite dans une critique de cinéma depuis plus de dix ans! – et de se revendiquer comme tel, il faudrait déjà commencer par ne pas hurler « O.F.N.I. » dès le premier plan, autoriser les accidents, surprendre le spectateur. Bref, faire du cinéma.
A l’arrivée, on adhère volontiers à l’ambition farcesque au demeurant sympathique de Cosmodrama, et donc sa liste d’intentions, et beaucoup moins au film lui-même, trop écrasé par ses influences fièrement assumées (Solaris, 2001 etc.), trop kitsch pour convaincre et trop fumeux pour séduire. Ainsi, en dépit de deux trois décrochages poétiques et spirituels bienvenus, on ne comprend pas bien pourquoi tout ce petit monde parle tant et nous prend tant la tête. Le temps d’un court métrage, ce torrent de verbiage dans des décors laids est sans doute rigolo. Sur quasi deux heures, c’est une purge et, en sortant de la salle, on ne retient que la piétinante monotonie d’un O.F.N.I. qui a par ailleurs le malheur de ne s’adresser qu’aux amateurs d’O.F.N.I. Or, nous, on préfère lorsque le chaos se fait partageur…

