Alien fétide. Alors qu’il entreprend des fouilles dans une station spatiale abandonnée, un groupe de jeunes voyageurs se retrouve confronté à la forme de vie la plus terrifiante de l’univers…
Dans l’espace, on ne te voit plus filmer. Réduite au statut de vache-à-lait depuis les errements ésotériques de Ridley Scott et des affrontements à éviter avec le Predator, la franchise Alien est mise au défi de se relancer avec un reboot be-like dirigé par Fede Alvarez, sans grande inventivité, enfermé dans ses propres références. Soit un film gadgétisé à souhait et à la surface dramatique inexistante. Maintenant que la saga Alien détient autant de films que le facehugger de pattes (8) et après avoir pondu des idées à la fois passionnantes (une quadrilogie inégale, mais hétéroclite) et franchement balourdes (le post-nihilisme scottien), ne reste plus qu’à en produire de nouvelles pour peut-être la faire vraiment avancer sur le plan de la mise en scène. Engager Fede Alvarez pour ce Romulus, c’est se garantir une image de marque assez calibrée (il est auteur du remake de Evil Dead et d’une suite de la saga Millenium) tout en affirmant une croyance envers un cinéma d’horreur américain renouvelé et symbolisé entre autres par son réussi Don’t Breath (2016). Une équation tout de même prometteuse.
Une franchise et des repères que le cinéaste arrive à réguler tout au long de ce nouvel épisode, dont l’histoire est positionnée entre les événements du Huitième Passager et ceux de Aliens. Les deux films matriciels de Scott et Cameron n’ont jamais autant incarné leur statut, tant les occurrences et références – plus cameroniennes par ailleurs – irriguent le récit. Spationautes antihéroïques se mêlent à une machinerie dark et sale, mitrailleuses à gogo et répliques bien senties, et bien sûr majesté du xénomorphe où les apparitions et disparition font entretenir le sentiment, enfin, de l’horreur. Reste tout de même que cet accoutrement n’a d’incarnation que dans la volonté de plaire ou, pire, d’entretenir un fan service jusqu’au-boutiste (la police d’écriture du générique du premier film est réutilisé, c’est dire). Réaffirmer ce que l’on sait déjà, réintroduire du spectaculaire et de l’horreur: tout cela ressemble à mode d’emploi écrit par un Ridley Scott rajeuni, mais à qui on aurait greffé le cerveau malade ayant fait émerger ses films des vingt dernières années.
À la hauteur des magouilles de la Weyland Company et que subissent tous les héros de la franchise, ce Romulus distille une copie puérile à la fois du minimalisme assumé des premières heures de la saga et ne fait qu’emboîter des faits et gestes en guise de scènes d’actions n’arrivant pas à la cheville du génie pratique de Cameron. La liste notamment de tous les gadgets utilisés par les personnages révèlent la faible valeur dramatique du film, confiné dans une optique matérialiste qui croise des chromosomes hachés du heist movie (les héros doivent récupérer du carburant pour se cryogéniser) et du film social (échappé à une sorte de purgatoire lâcheur de substances chimiques cancérigènes). Les personnages et leur background dont il est impossible de comprendre l’existence ou même la cohérence sont constamment sur un courant alternatif, entre agressivité chronique, dialogues vides de sens et débilité avérée¹. Si Alvarez procure la sensation de maitriser son sujet sur certaines scènes, et même lors d’un final où se produit enfin quelque chose de singulier quoique trop sage, son incapacité criante à raconter une histoire et même de procurer des émotions à ses personnages rend cette nouvelle occurrence aussi embarrassante que son envie de ne pas secouer la machine.
¹ : lors d’une scène où les personnages tentent d’échapper aux aliens, et ce, sans aucune gravité, l’un d’eux s’approche d’un ascenseur et déclare: «Il faut utiliser l’ascenseur!». Ce même personnage, cinq secondes plus tard, revient à la raison: «L’ascenseur ne marchera pas sans gravité!».
14 août 2024 en salle | 1h 59min | Epouvante-horreur, Science FictionDe Fede Alvarez | Par Fede Alvarez, Rodolfo Sayagues Avec Cailee Spaeny, David Jonsson, Archie Renaux |
14 août 2024 en salle | 1h 59min | Epouvante-horreur, Science Fiction