On ne sait finalement pas grand-chose de la réalisatrice française Anne Goursaud qui a principalement œuvré dans les années 90. Pourquoi personne ne la cite dans les livres sur l’histoire du cinématographe? Pourquoi aucune interview d’elle n’est disponible nulle part (ou presque)? Quelqu’un a-t-il arraché la page? On se souvient seulement des films qu’elle a réalisés dans les années 90, totalement désuets et pas franchement regardables trente ans après leur conception. Mais ils n’en restent pas moins réellement étranges, en particulier son premier long métrage intitulé L’étreinte du vampire, qui figure idéalement dans notre rubrique des Chaos Interdit. À défaut d’être un film irréprochable, il s’agit d’une vraie curiosité qui, encore une fois dès qu’il s’agit de curiosités, a été soutenue mordicus par un Jean-Pierre Dionnet enthousiasmé dans son Quartier Interdit sur Canal+. Il faut dire que le prospectus présentant les différents films du mois sur la chaîne cryptée nous vendait du rêve: Alyssa Milano dans un film d’horreur érotique avec des vampires, avec une belle interdiction aux moins de 16 ans et une côte rouge du TéléPoche des familles qui, toute honte bue, avait mis trois points «violence» et «érotique». N’en jetez plus, tout le monde devant sa télévision!
L’intérêt majeur de cette Étreinte, c’est évidemment la star du petit écran Alyssa Milano comme on ne l’avait jamais vue, s’encanaillant ostensiblement dans le cinéma de genre au mitan des années 90, loin de la série qui l’a faite connaître (Madame est servie, fin des années 80/début des années 90) et en attendant de rebondir pour séduire une nouvelle génération de téléspectateurs (Charmed, en 1998). Et c’est, soyons honnêtes, le seul grand intérêt de cette variation vampirique dans laquelle un suceur de sang patenté tombe sous le charme d’une jeune femme qu’il pense être la réincarnation de son amour éternel. L’action se déroule dans l’Amérique d’alors avec une Milano qui quitte son lycée de strictes religieuses pour rejoindre le monde sauvage et dépravé de l’université. Le vampire du cru, qui a besoin de sang et d’une vierge pour survivre, est joué par Martin Kemp du groupe Spandau Ballet, qui ressemble à un Billy Idol qui a bu trop de diabolo grenadine, et qui a le charisme d’une savonnette; ce qui est quelque peu enquiquinant dès lors qu’il s’agit de nous faire bander avec des vampires sexy et des proies innocentes prêtes à se faire sucer (l’attraction du mal, le gouffre des ténèbres, on repassera). Dans ce rôle adulte, Alyssa assure et se donne à fond, y compris dans d’étonnantes séquences de cul (séance photo saphique, triolisme onirique, déambulation au milieu d’une partouze à cierges comme dans un clip de Laura Branigan…), calibrées pour monter une bande-annonce hot et exciter le teenager qui somnole en chacun de nous. Elle casse totalement l’image lisse de la petite fille chérie de Tony Danza et, par extension, de l’Oncle Sam. Et on aime ça.

De toute évidence, Alyssa s’est laissé diriger par la fameuse Anne Goursaud en se fiant à son éblouissant CV. Un peu comme jadis la queen de l’astrologie Elizabeth Teissier chez José Bénazéraf (Frustration en 1971). Avant d’être cinéaste racolo-sensationnaliste, Goursaud reste monteuse douée et proche de Francis Ford Coppola – c’est elle derrière les montages de Coup de cœur, de Outsiders et… de Dracula, réalisée en 1992, cinquante-huit ans après Dreyer et trois ans avant cette Étreinte du vampire. Difficile de ne pas y penser, d’autant que la version de Coppola se focalisait, elle aussi, sur une histoire d’amour – celle entre le comte Dracula (Gary Oldman) et la jeune Mina (Winona Ryder), réincarnation anglaise d’Elisabeta, la «seule raison de vivre» du vampire. Et que Goursaud, comme un clin d’œil évident, cite le Coppola au bout d’une minute, calquant dans le montage la séquence des trois concubines du comte (parmi elles, Monica Bellucci) qui se disputent le corps de Keanu Reeves. Pour autant, malgré le recours à une imagerie gothique avec une batterie d’effets proches du clip d’Enigma et d’un temps heureusement révolu, l’ensemble se veut moins illuminé que le Coppola, bien plus modeste, plus indé dans sa forme, dans la veine d’une sympathique série B gore et cul comme on en découvrait parfois à la faveur de cette décennie dans les vidéoclubs et que l’on consommait comme simple plaisir coupable pour le Milano show, aussi belle que nue. Certes, Alyssa n’est pas devenue une nouvelle Winona, mais elle n’a pas conservé de mauvais souvenirs de cette expérience puisqu’elle retournera pour Anne Goursaud l’année suivante dans le thriller érotique Fleur de poison 2: Lily (1996), suite du pas-connu-chez-nous Fleur de poison avec Drew Barrymore (1992). Tout ceci avant le dernier film skandal d’Anne Goursaud dans cette décennie dorée riches en projets onéreux de suites sans queue ni tête (c’est le cas de le dire!), à savoir la suite de Neuf semaines et demie (!) d’Adrian Lyne, intitulée Love in Paris (1997) avec Mickey Rourke au bout de sa vie et Agathe de la Fontaine en wanna be Kim Basinger mais sans Joe Cocker. Aussi improbable que le remake américain du À bout de souffle de Jean-Luc Godard (À bout de souffle made in USA de Jim McBride, en 1983) avec Richard Gere en Jean-Paul Belmondo et Valérie Kaprisky en Jean Seberg, mais on savait s’amuser à l’époque!
1h 32min | Epouvante-horreur, ThrillerDe Anne Goursaud | Par Halle Eaton, Nicole Coady Avec Alyssa Milano, Martin Kemp, Rebecca Ferratti Titre original Embrace of the Vampire |
1h 32min | Epouvante-horreur, Thriller


