Cannes 2024: le bilan chaos de cette 77e édition mi-figue, mi-bourrin

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À palmarès propret où rien ne dépasse – pas-même l’idée de distinguer d’une Palme un Mohammad Rasoulof certes moins fashionable qu’un Sean Baker! -, sélection officielle de gros bourrin! Car oui, le film de gros bourrin est probablement l’item qui nous est le plus revenu en tête pendant ces 10 jours, qui ont laissé en nous un sentiment pour le moins amer: si c’est ça, la vingtaine de films importants qui marqueront l’année, permettez-nous d’être trèsssss sceptique sur la qualité globale du cru 2024.

Le bourrinage est d’abord venu des deux films ayant embrasé le début de la Compétition: le vibrionnant Megalopolis d’abord – qui a déboussolé les 200 journalistes triés sur le volet ayant dû prendre une navette matinale pour découvrir en PREMIÈRE MONDIALE le machin loin du Palais – et le jusqu’au-boutiste The Substance, film quasi-bruitiste qu’on peut considérer comme un sequel monstrueux de Showgirls (votre rédaction a aimé la chose, si vous vous posez la question). Le film bruyant est d’ailleurs l’une des caractéristiques principales de cette Compétition qui restera comme bien singulière, murmurée avant même le début du festival comme dépourvue de chefs-d’œuvre par des comités de sélection qui ont visiblement eu les yeux abîmés par des hectolitres de films très très très moyens défilant sous leurs yeux (dans les parallèles aussi)… Étalé sur 2h44, le massif Kinds of Kindness a comme une odeur de petits-fours Picard périmés dans la bouche, régurgitant platement les obsessions de Lanthimos qu’on croirait échappées d’un mauvais bouquin licencieux des années 80: impossible de rentrer dans le jeu de ce désormais supra-auteur-festivalier qui paraît incarner le nouveau visage de la subversion pour spectateurs fraîchement sortis d’un safe-space filmique. « Trash » est également revenu pour qualifier Anoraque nous sommes bien seuls à avoir peu goûté – des papiers de quotidiens très sérieux ne manquant pas d’établir une filiation directe avec Alan Clarke et Larry Clark; ce qui ne manquera pas de donner des plaques urticantes aux futurs historiens du cinéma ou au lecteur un minimum aguerri du présent site.

Parfois, le film de gros bourrin fait du bien. Si l’on peut peut-être reprocher à Alexis Langlois une trop grande complaisance dans la gén Z référence – que sa fanbase aussi bouillante qu’une tribune de supporters ritalinés lui rend bien! – Les Reines du drame révèle incontestablement une inventivité dans la mise en scène et dans le plaisir rondelet de raconter des histoires. On pourrait presque dire la même chose des Femmes au balcon de Noémie Merlant, froidement accueilli à cause de son propos féministe s’avançant avec d’énormeeeeees sabots, mais dont on préférera garder en mémoire le geste métaphorique principal: celui d’enfants découvrant avec effroi le monde des adultes.

Film-divertissement que vous pouvez aller voir avec toute votre famille le samedi soir, Emilia Perez (s’il nous a quelque peu divisé) fait incontestablement partie du haut du panier de cette sélection: ce musical sous mescal qu’on attendait comme un film de gros bras témoigne au contraire de certains moments de grâce, qui n’auront été que trop lapidaires au sein de cette officielle sélection. Si Limonov: The Ballad of Eddie peut nous éblouir par moment, la mécanique archihuilée d’un Kirill Serebrennikov commençant à rejouer ses propres gimmicks ne peut qu’interroger. Même les quelques films apparemment moins tonitruants, comme Caught by the Tides de Jia Zhangke, restaurent des choses déjà vues et appréciées chez le cinéaste – notamment dans le déjà-triptyque Mountains May Depart – sans vraiment réussir à les ressusciter. Une curieuse édition qui semble avoir autant hyperbolisé et déchaîné les uns que recyclé et peut-être un peu affadi les autres prétendants…

Dans Parthenope, étrange machin qu’on n’a pas pu voir jusqu’au bout pour cause de déjeuner presse intervenant après quatre jours de sous-nutrition chronique, Paolo Sorrentino a réussi à figurer deux tendances lourdes du festival dans un seul et même film. D’abord le nom de l’hyper visible Saint-Laurent, couturier transformé en indispensable maison de production, au générique de moult longs-métrages aussi chics que souvent tocs. Ensuite, cet autre trope festivalier qu’est la jeune mannequin créature-de-rêves en bikini, qui perd ses sous-vêtements dans environ 50 % des films montrés ici, restaurant quelques débats bien anciens sur le male gaze. On a un peu le sentiment d’avoir vu beaucoup de vieux hommes fiers de nous faire des propositions-de-cinéma sans trop savoir ce qu’ils foutaient là, dans le plus prestigieux écrin cannois, et n’ayant pas grand-chose de très passionnant à nous raconter… D’ailleurs préoccupés par le néant gaze observé dans le Motel Destino de Karim Aïnouz – film supposé sensuel qui n’a enclenché en nous que bâillements et libido artificielle qu’on croirait sortie du freezer – on en vient presque, curieusement, à goûter le minimalisme verdâtre et pré-mortem aperçu dans The Shrouds

En termes de bourrinitude, le camarade Gilles Lellouche était attendu au tournant: on est un peu moins sévère que tout le monde envers L’amour ouf, son film pudding qui devait sauver le cinéma français gros budget de l’hégémonique Didier Bourdon movie pour spectateur à trois neurones et demi dont deux seulement sont encore en état de marche, même si on n’est pas dupe: on voit bien que l’onéreux costume préalablement choisi en boutique par le Gillou est trop grand pour les épaules quelque peu limitées du monsieur. Un monsieur qui fut d’ailleurs le premier surpris de sa montée des marches: pas sûr que cette présence en Compétition, qui laissait augurer de quelque chose de grand, ne joue au final en faveur du film, qui va devoir surperformer en salles pour compenser son budget de 30 patates. Dans ce festival rutilant où auront régné le bruit et la fureur – et une bonne dose de fatigue surgie dès le premier week-end, il faut bien vous l’avouer – demeure une question qui est loin d’être vite répondue: dans quel univers parallèle un film merveilleux comme Miséricorde ou le furibard Furiosa: une saga Mad Max n’ont-ils pas pu se frayer un petit chemin en compétition? G.R.

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