« Agra, une famille indienne » de Kanu Behl: une chronique étrangement chaos d’une société sous tension(s)

Avec ce deuxième long métrage (après Titli présenté dans la section Un Certain Regard en 2014), Kanu Behl se confirme en chroniqueur acéré de la société indienne contemporaine. Le titre fait référence à la ville où se situe l’action, connue internationalement pour le Taj Mahal, mais dont les habitants savent qu’elle abrite un hôpital psychiatrique notoire, lequel fait un lien avec la démence de la situation décrite ici. Le film nous invite à partager la vie de Guru, un jeune employé célibataire, qui rêve de se marier, pas seulement pour calmer la libido qui le torture, mais aussi pour revendiquer le deuxième étage de la maison trop petite où sa famille s’entasse dans une promiscuité conflictuelle (le père est polygame).

Le contexte évoque plusieurs problèmes, dont celui du logement, manifestement endémique en Inde où la population explose ainsi que les loyers. Parmi les effets secondaires, le film souligne de fréquentes disputes familiales, d’une violence intense, mais brève. Plus particulièrement, la frustration de Guru atteint des extrêmes: dans une extravagante séquence fantasmée, il imagine avoir une relation sexuelle avec une collègue qui se transforme en écureuil géant. L’association d’idée lui vient du rongeur en cage qui est l’animal domestique familial. Guru lui-même est prisonnier de ses propres obsessions, qui frôlent le passage à l’acte lorsqu’il tente de violer sa cousine.

Les choses se calment (relativement) lorsque Guru rencontre une femme avec qui il s’entend et grâce à laquelle il espère pouvoir faire valoir ses droits sur la maison. Au fil de développements qui traitent plusieurs sujets à la fois impliquant de nombreux personnages, le cinéaste donne parfois l’impression de se disperser, mais il ne perd jamais le fil en se recentrant sur le personnage de Guru. Il en conclut que l’amour n’est pas désintéressé, et qu’un mariage est avant tout un contrat dont les avantages sont dûment calculés de part et d’autre. En dépit de quelques longueurs et digressions, Agra décrit une situation complexe avec un réalisme viscéral qui doit beaucoup à ses interprètes étonnamment désinhibés, en particulier lorsqu’il s’agit de représenter la façon animale qu’a le personnage principal de pratiquer le sexe. G.D.

3 avril 2024 en salle | 1h 48min | Comédie dramatique
De Kanu Behl | Par Kanu Behl, Atika Chohan
Avec Mohit Agarwal, Vibha Chhibber, Rahul Roy
Titre original Agra

Les articles les plus lus

Les dix meilleurs films de 2026 (pour le moment…)

Quels sont les films vus, critiqués, aimés (et moins...

Le thriller romantique queer « The Serpent’s Skin » de Maio Mackay dévoilé dans une bande-annonce prometteuse

Une bande-annonce vient d’être dévoilée pour The Serpent's Skin,...

« Crystal Lake » : la franchise horrifique « Vendredi 13 » déclinée en série

Les studios A24 et la plateforme Peacock ont dévoilé...

Culte des années 2000 : The Detroit Experiment – « Think Twice »

En 2002, Carl Craig enregistre une nouvelle version de...

« Salvation » de Emin Alper : recette pour un massacre

Avec Burning Days (2022), sorte de Réveil dans la...

Culte des années 2000 : Freezepop – « Less Talk More Rokk »

Au milieu des années 2000, Freezepop commence à changer...

Culte des années 90 : Mos Def – « May-December »

Surprise : après seize titres, Mos Def termine Black...

Culte des années 90 : Laika – « Almost Sleeping »

Le groupe Laika se forme à Londres en 1993...

Culte des années 80 : Cameo – « Word Up »

Une batterie électronique sèche, une basse qui cogne, quelques...

Culte des années 2010 : Red Axes – « Papa Sooma »

Papa Sooma s’ouvre sur quelques notes de clavier, une...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!