Bienvenue dans Black Mirror qui raconte sur le mode du cauchemar l’aliénation des vous-et-moi devant des écrans (smartphone, tablette, ordinateur…) et les images qu’elles renvoient. Netflix annonce renouveler la série dystopique pour une septième saison, prévue pour 2025. Une 7ᵉ saison qui comportera six épisodes, soit un de plus que la précédente, et l’un d’eux sera la suite d’un autre épisode, U.S.S. Callister, découvert dans la saison 4.
D’abord diffusée sur Channel 4 de 2011 à 2014, la série a rapidement connu un succès international. En Grande-Bretagne, le premier épisode intitulé L’hymne national a attiré 2,01 millions de téléspectateurs. En France, en mai 2014, 350 000 téléspectateurs ont découvert le pilote de Black Mirror en seconde partie de soirée sur France 4. Et c’est la troisième saison, produite par Netflix en 2016, qui a considérablement marqué les esprits grâce à sa qualité artistique, multi-visionnée sur la plateforme de téléchargement. Pour chaque saison, il s’agit du même fonctionnement. Comme le souligne le créateur Charlie Brooker, « chaque épisode a un casting, un décor et une réalité différente, mais ils traitent de la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions vivre dans dix minutes si nous commettions une erreur ». Ainsi, les épisodes se suivent, mais ne se ressemblent pas. On peut suivre n’importe quel épisode au moment où on veut.

Pour celles et ceux qui n’auraient jamais vu un seul épisode (et pourquoi pas?), la meilleure façon de s’y initier, c’est tout simplement de découvrir le premier épisode de la première saison: L’Hymne national. Qui donne le la. Un épisode sidérant préfigurant la tonalité glaçante de la série : on se dirige collectivement vers l’horreur sans que personne ne réagisse. On y voit le Premier ministre du Royaume-Uni confronté à un (choquant) dilemme lorsque la princesse, membre bien-aimé de la famille royale britannique, est kidnappée: la jeune fille ne s’en sortira indemne que si le Premier ministre a des rapports sexuels avec un porc (!) et que leur relation passe en direct et sans trucages, avant 16 heures, sur tous les médias nationaux (!!).
Dans ce pilote, les gens assistent à l’abjection comme hébétés, la prise de conscience, voire la révolte s’avère broyées dans le flux de l’entertainment. Preuve que si on veut endiguer un peuple, il ne faut pas utiliser la violence, il faut le noyer dans l’image. Un préambule à d’autres épisodes très différents les uns des autres où des individus, pris au piège de leur dépendance, se révèlent en panne d’options pour réagir. Un épisode d’autant plus extraordinaire lorsque la fiction semble rattraper le réel, comme dans cette biographie interdite de David Cameron écrite par le milliardaire Lord Ashcroft, ancien vice-président du Parti conservateur, avançant qu’étudiant, le Premier ministre David Cameron se serait livré à un rite sexuel impliquant… un cochon mort. L’affaire avait alors rapidement enflammé les réseaux sociaux avec l’apparition du hashtag #Piggate (ou scandale du cochon). Peu de temps après la polémique, Charlie Brooker, le créateur de la série avait même été obligé de se justifier sur X (ex-Twitter): « pour clarifier tout cela: nope, je n’avais jamais entendu quoi que ce soit à propos de Cameron et d’un cochon quand j’ai imaginé cette histoire. C’est un peu dérangeant. » Effroyable, oui, mais vrai: si la réalité dépasse ce que le créateur Charlie Brooker a conçu comme un signal d’alarme, c’est qu’il est sûrement déjà trop tard.
Mélange de farce, de paranoïa et d’effroi que l’on regarde les yeux en spirale, la série Black Mirror, si elle dérange, n’en séduit pas moins les spectateurs en quête de productions offensives, abordant bien des sujets dérangeants: l’addiction à la télé-réalité et aux réseaux sociaux, la fin de la vie privée, les robots tueurs, la réalité augmentée immersive, le cyber-harcèlement, le transfert de la mémoire ou de la conscience dans une machine… En 2016, le phénomène cathodique titille l’attention de Netflix. La célèbre plate-forme en a racheté les droits pour en faire une superproduction correspondant plus à son ADN (et un peu moins à la causticité des premières saisons). Reste qu’au gré des saisons, nous avons pu découvrir des nuances, des surprises et des classiques instantanés, à l’instar du génial San Junipero, épisode de la saison 3. Une série qui, en passant, cristallise toutes les contradictions de l’époque: la réalité donne tort à ceux qui s’en tiennent éloignés. Prenez le premier épisode de la saison 3, Nosedive, décrivant une société où tout le monde note en permanence les paroles, les actions et les publications des autres sur une échelle de cinq étoiles. Ce système de notation existe déjà: tout le monde note tout le monde, le livreur Deliveroo comme le chauffeur Uber. En bons masos accros que nous sommes, on a évidemment hâte de découvrir leurs cauchemars préfigurant notre futur à l’imparfait. En espérant que Brooker retrouve la forme, la férocité et les visions d’antan.
